THE ALLMAN BROTHERS BAND : « SEVEN TURNS ». 1990

Nous sommes en 1976, « The Allman Brothers Band » est mort. Mauvaise entente entre les musiciens, arrestation de Gregg Allman pour possession de drogue, rien ne va plus pour le groupe et son entourage. Gregg pour diminuer sa peine accepte de balancer un de ses amis. Le split est inévitable. 1976, Capricorn Records sort un double album d’enregistrements de concerts inédits « Wipe The Windows, Check The Oil, Dollar Gas ».

L’album se vend plutôt bien. 1978, après deux années d’inactivité, Gregg reforme le groupe, de nouveaux musiciens font leur apparition, et un nouvel album voit le jour « Enlightened Rogues ».

L’accueil n’est pas excellent, et les disparités apparues quelques années au paravent refont surface. Capricorn Records est en très mauvais état financier, et fait faillite en 1979. Allman signe un nouveau contrat avec Arista Records, et enregistre deux nouveaux albums, en 1980 « Reach For The Sky »

et 1981 « Brothers Of The Road ». Les critiques descendent les deux disques, pire, aucun des deux albums ne trouve son public.

Public quelque peu fatigué des turpitudes, et des problèmes récurrent du groupe. Cette fois ci, la coupe est pleine, en 1982, le groupe se sépare une fois de plus. Cette fois ci, il faut attendre sept ans, et la rencontre de Dickey Betts avec un sur doué de la six cordes, engagé par lui pour participer à son album solo « Pattern Disruptive ». Nous sommes en 1988, Betts pour l’enregistrement de son album,  s’entoure de quelques musiciens triés sur le volet,

Warren Haynes à la guitare, Matt Abts à la batterie, Johnny Neel aux claviers. Betts à enfin trouvé un guitariste à sa mesure ou à sa démesure. Haynes a déjà travaillé avec David Allan Coe, il a également écrit des titres pour l’album solo de Gregg Allman « Just Before The Bullet Fly ».

Aussi, quand Gregg et Dickey parlent de remonter l’Allman Brothers Band, en 1989, pour l’anniversaire des vingt ans du groupe, c’est tout naturellement qu’ils proposent la place de second guitariste à Warren. Ils engagent également Johnny Neel et Allen Woody à la basse. La nouvelle formation signe un nouveau contrat chez Epic Records, et passe l’été à jouer dans tous les grands festivals à travers le pays. La réputation de cette nouvelle mouture, va grandissant, le « vrai » Allman Brothers est de retour. Les chevauchées guitaristiques n’ont jamais mieux sonnées depuis la disparition de Duane Allman.

De nouveau, la magie opère entre les musiciens. Warren réveille le groupe, le fait grandir. Il n’arrête jamais, c’est un boulimique de travail. Sa présence galvanise le groupe, qui semble rajeuni, plus fringant que jamais. En 1990 sort le nouvel album du groupe « Seven Turns », les critiques sont unanimes, applaudissant cette nouvelle création. Les ventes sont au rendez-vous, et le groupe attire de nouveau les foules. C’est une « renaissance ». Tel un phœnix, Allman renaît de ses cendres pour notre plus grande joie. « Seven Turns » est le neuvième album du groupe. Comme vingt ans auparavant, il est produit par Tom Dowd

qui fait aussi son grand retour. Pour l’écriture des morceaux, c’est un travail collectif, Gregg ne participe qu’à un morceau, et ne chante pas toutes les chansons. Dickey et Warren l’aident au vocaux. Trois morceaux sont de Warren et Dickey, et Neel participe à l’écriture de quatre chansons. L’album se classe à la cinquante troisième du Billboard 200, et trois chansons se trouvent dans le Billboard 100. L’album s’ouvre avec « Good Clean Fun » un Blues Rock dans la pure tradition du groupe. Du pur Southern Rock, aux guitares ciselées comme des

pierres précieuses. Le groove est bien présent, et la voix de Gregg Allman a retrouvé toute sa puissance et sa beauté,

elle a même gagné en intensité et sensibilité, elle a du vécu. Un premier morceau qui met en joie, ça s’annonce bien, ça sent très bon. L’arrivé de sang frais a revigoré le groupe, qui brille de mille feux. « Let Me Ride » Country Rock hyper chaloupé, au piano honky tonk, amène une

fraicheur nouvelle, fraicheur que l’on n’avait pas entendu depuis des lustres. Et grand Dieu, ça fait du bien. Les chorus de guitares sont de purs moments de bonheur, et nous ravissent les oreilles. « Low Down Dirty Mean » est un grand moment de Country,

où la voix de Gregg fait merveille. De malicieux changements de tempo habillent la chanson, tandis qu’un chorus de piano bien senti amène dans son sillage deux petits chorus de six cordes, inventifs et colorés.

« Shine It On » et le Rock fait son retour sur des riffs sauvages et puissants, accompagnés par une section rythmique qui swingue comme peu en sont capables, dans le monde du Rock.

Que les guitares sont belles, elles dessinent de merveilleux paysages, et colorent l’espace d’une multitudes de palettes inédites. « Loaded Dice » chanté par Warren Haynes, est un bon Blues Rock. Un petit dialogue entre les deux guitares, ensoleillé, plein de douceur vient

nous charmer. Le morceau est bien écrit, et en trois minutes tout est dit, pas de fioritures, juste l’essentiel, et de fort belle manière. « Seven Turns » est introduit par des guitares acoustiques, la construction de la chanson est belle,

les vocaux démarrent ensuite, puis, les guitares viennent chanter à

l’unisson, avant de revenir vers le début, où tout recommence, et se poursuit par une magnifique guitare qui amène la chanson à sa fin, dans un come back de Gregg aux vocaux. Le cercle est bouclé. « Gambler’s Roll » est un magnifique Blues, chanté par Gregg.

Une des perles de cet album. Le son de l’orgue va parfaitement bien avec l’ambiance de la chanson, un chorus de guitare arrive ensuite, tirant des larmes de la six cordes, dans un solo digne des plus grands. Oui, vraiment un grand et beau morceau. « True Gravity » est une longue pièce instrumentale de près de huit minutes,

composée par Warren Haynes et Dickey Betts, qui lorgne vers le Rock, le Jazz et le Blues, le genre de titre qui permet de s’exprimer, et qui peut sur scène prendre une ampleur phénoménale.

Les guitares rayonnent durant tout le titre, et Johnny Neel prend un joli chorus de piano, suivit d’une, puis de deux guitares qui grimpent très haut, mêlant Rock, Blues, Jazz de géniales improvisations. Quel morceau !!! Et ça y est, c’est déjà le dernier titre, « It Ain’t Over Yet » un Blues Rock au mid tempo, le genre de chanson que l’on pense déjà connaître, tellement elle semble évidente de simplicité.

L’atmosphère de réchauffe, le thermomètre monte implacablement. Une guitare tranche la moiteur de l’air de ses notes incisives et précises, une seconde prend le relais pour arrivée à la fin de la chanson.

L’album vient de se terminer, bien trop vite, il dure pourtant cinquante minutes, mais il est tellement réussi, qu’il passe trop vite, il faut tout de suite le réécouter, pour être sur de l’avoir bien entendu. Çelà fait des années que l’on avait entendu l’Allman Brothers Band sonner de telle façon, jouer avec un tel plaisir, une telle cohésion. Sans oublier bien sur la qualité des morceaux, remarquable de bout en bout. Allman s’est relevé fièrement, et sort avec ce « Seven Turns » leur plus bel album studio depuis vingt ans, depuis « Idlewild South », et n’oublions pas, le magnifique boulot de Tom Dowd, qui sait comme personne capter le son, l’essence même de l’Allman, pour le faire ressortir sur un disque. « Seven Turns » un retour super gagnant. Le groupe reprend la route et entame une nouvelle tournée, afin de présenter les morceaux de ce nouvel album. Mais ça c’est déjà une autre histoire…

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