THE ALLMAN BROTHERS BAND : « PLAY ALL NIGHT. LIVE AT THE BEACON THEATRE. 1992

Nous sommes à New York, The Allman Brothers Band prend ses quartiers au Beacon Theatre. C’est devenu un rendez-vous incontournable pour tous les fans du groupe, tous les ans, depuis 1989, date qui marquait ses vingt ans d’existence, New York accueille l’Allman. 1991 a vu la première tournée japonaise des « Brothers », suivi d’un passage en Europe inédit depuis une dizaine d’années. La suite logique de l’extraordinaire résurrection du groupe, et d’une triomphale tournée, fut de sortir un nouveau disque, « Seven Turns » voit le jour

en 1990, et c’est un succès total, acclamé par les foules qui assistent aux concerts. Il en est de même avec l’album suivant « Shades Of Two Worlds » qui parait en 1991.

Quoi de plus normal pour un groupe comme Allman, qui ne se révèle surtout qu’en public, qui y prend réellement toute sa dimension, sa force, et sa magie, quoi de plus normal donc que de vouloir sortir un album live. En vue de cette réalisation le groupe enregistre des concerts, à la fin de l’année 1991, à Macon, quatre concerts sont ainsi captés. 1992, il faut bien avouer que rarement le groupe n’a aussi bien joué, la voix de Gregg Allman est plus belle et plus puissante, plus profonde que jamais. Dickey Betts et Warren Haynes nous font revivre les grandes envolées qui ont fait la gloire du groupe et la réputation du groupe. Allen Woody à la basse, Marc Quiñones aux percussions, Butch Trucks et Jaimoe aux batteries assurent une section rythmique absolument phénoménale, toute en souplesse, finesse, et force.

Une nouvelle tournée est organisé au Japon, mais c’est un rendez-vous particulier qui obsède un peu les membres de l’Allman. Ils aimeraient trouver un lieu à New York pour s’y produire, un endroit qui pourrait devenir leur maison dans la grande pomme, un peu comme l’était le Fillmore East de Bill Graham, un endroit où ils se sentiraient chez eux. Depuis 1989, Allman s’est produit dans de nombreux lieux à New York, le Madison Square Garden, l’Avery Fisher Hall. En fin de compte, le Beacon Theatre, situé à Manhattan, dans l’Upper West Side, fut choisi, car considéré comme le plus proche de l’esprit du Fillmore. Le groupe y donna environ deux cent concerts, et y enregistrera d’autres album live.

En mars 1992, Allman s’y installe pour une série de concerts sur dix jours, concerts qui furent tous enregistrés, les quatre shows captés à Macon, n’offrant pas suffisamment de matières pour un album live complet et correct. « An Evening With The Allman Brothers Band » contient des extraits des concerts de Macon et du Beacon. L’album qui nous intéresse aujourd’hui fut enregistré les 10 et 11 mars. Pour cette série de concerts, les set list étaient très diversifiées, on y trouvait bien naturellement les grands classiques du groupe, qu’il était absolument impossible de ne pas jouer, « Statesboro Blues », « Dreams », « In Memory Of Elizabeth Reed », « Midnight Rider », « One Way Out », « Melissa », « Blue Sky », « Whipping Post »  et également les « hightlights » des deux albums studio.

Quelques titres étaient conservés en réserve, comme une option possible, pour  diversifier la set list, afin quelle soit différente d’une soirée sur l’autre. Mais de toute façon, les qualités d’improvisation des musiciens étaient telles, que jouant les mêmes morceaux, ils étaient à chaque fois différents, et jamais interprétés de la même manière deux fois de suite. Une nouveauté dans les concerts depuis 1990, était l’apparition d’un set totalement acoustique, donnant une coloration bien différente à des morceaux pourtant ultra connus. L’attente des concerts du Beacon était très forte, le New Yorkais est un client exigeant, et demande beaucoup, il veut le meilleur, et n’accepte aucune erreur. Mais le groupe est prêt et bien décidé à combler son public.

Cette série de concerts étalée sur plusieurs jours, est inaugurée au Beacon, jamais le groupe n’a réalisé ce type de spectacles dans un même endroit. C’est une première, et le style rococo du Beacon, ses grandes statues, son lustre imposant donnent tout son cachet à cet exercice musical. On peut remarquer avec plaisir sur la liste des morceaux figurant sur l’album, une grandiose version de vingt minutes d « Elizabeth Reed », légèrement ralentie, véritable feu d’artifice déclenché par les musiciens, qui a du illuminer le Beacon Theatre comme jamais. Allman durant ces concerts a continué d’écrire son histoire en lettre d’or, ouvrant depuis leur résurrection une nouvelle et flamboyante page de leur histoire, aussi extraordinaire et passionnante que celle de leur début. Je pense sincèrement que cet album « Play All Night » est le meilleur témoignage live du groupe durant cette période charnière pendant laquelle Dickey Betts faisait encore partie du groupe. Une pensée me traverse l’esprit,

et si l’Allman Brothers Band était le meilleur groupe de Rock live du monde? L’idée n’est pas si folle que cela. C’est sur scène que le groupe atteint son climax, qu’il se transcende, et donne toute sa quintessence. Bien sur on peut se demander, Allman a-t’il besoin d’un nouvel album live, le « Live At Fillmore » n’est-il pas suffisant, considéré à juste titre comme un des plus grands albums live de l’histoire de la musique? Bien sur, mais avec les changements de personnels, les nouveaux arrivés ne méritent ils pas de graver à leur tour, leur version du groupe pour l’éternité. Surtout quand on s’appelle Warren Haynes. Ce n’est plus seulement une question d’éternité, mais de désir du public, qui souhaite conserver une trace sonore de toutes les époques du groupe.

D’ailleurs je suis le premier à attendre chaque album live du groupe comme une manne céleste!!! Car chaque nouveau venu à travailler à rester dans le moule Allman pour ne pas en dénaturer l’esprit, mais en y apportant sa propre patte, ses propres couleurs, ses propres envies, son propre feeling. Pour ce live l’Allman se compose de Gregg Allman à l’orgue, piano et guitare acoustique, lead vovaux, Dickey Betts guitares et vocaux, Warren Haynes guitares et vocaux, Allen Woody basse, Butch Trucks batterie, Jaimoe batterie, Marc Quiñones percussions et Thom Doucette harmonica. Le concert débute avec une petite improvisation Jazzy, durant laquelle le présentateur annonce le groupe, et ça part avec « Statesboro Blues »

bien gras, crachant le feu, illuminé tout d’abord par la guitare de Dickey, le piano de Gregg, l’harmonica, puis la seconde guitare arrive pour son chorus.

Décidément, une bien belle version de ce grand classique. « You Don’t Love Me » swingue comme un beau diable,

ça tourne comme un roulement à billes, tout feu tout flamme, la voix de Gregg est belle et forte, gorgée de Blues, les deux guitaristes rivalisent de virtuosité et de feeling. Du grand art. « End Of The Line » un des nouveaux titres du groupe, magnifique, la basse se ballade avec aisance,

tissant sa toile, les guitares sont magiques à leur habitude, c’est difficile de trouver des adjectifs pour ces deux monstres, tant ils sont hors du commun. « Blue Sky » toujours aussi chantant, petite escapade country, le chant de Dickey est épaulé par Warren,

pour de jolies harmonies vocales.

Dickey prend le premier chorus. Il se promène nonchalamment sur le morceau, puis laisse sa place au chorus de Warren qui continue dans le même style, aux forts accents country. « Nobody Knows » grosse voix de Gregg, solo d’orgue poussé par les deux batteurs et le percussionniste qui tricotent sur les différents chorus. Warren attaque le premier, avec un chorus aux belles formes arrondies, s’envolant très loin la haut.

Le groove est destructeur. Le tempo se ralentit pour le début du solo de Betts, mais pas pour très longtemps, il accélère et sa guitare nous fait des tours de magie. Quel chorus!!! Quelle intensité!!! Un vrai combat de boxe entre les deux guitaristes. Fabuleuse version de cette chanson. « Low Down Dirty Mean » un bon vieux Blues, bien roots,

où la voix de Gregg fait des merveilles. Piano, harmonica, guitare slide, chacun y va de sa patte personnelle.

On se surprend à taper des pieds, et à secouer la tête pour marquer le rythme. « Seven Turns » annonce le quart d’heure acoustique de fort belle manière. L’unplugged convient parfaitement à ce titre

chanté par Dickey Betts, épaulé par Gregg, qui prend ici une tout autre dimension. « Midnight Rider » est une magnifique chanson, et encore une fois le mode acoustique l’habille divinement bien.

Elle est faite pour ça. Gregg et Warren se partagent les vocaux. « Come In My Kitchen » de Robert Johnson termine le premier disque, un bon vieux Blues de derrière les fagots,

qui sent bon la campagne et la ruralité.

On pourrait se croire revenu bien des années auparavant, avant l’électrification des guitares… Ça a beaucoup de charme. Le second disque s’ouvre magistralement sur une version torride du célèbre « Hoochie Koochie Man » de Willie Dixon. C’est Warren qui s’y colle pour l’intro, quel son, quel panache. Quel guitariste. Puis c’est l’entrée du groupe et ça fait très mal. Warren garde la main,

chante la chanson, et joue lead sur le morceau, jusqu’au final où les deux guitaristes se rejoignent après un court chorus de Betts, pour cette version tueuse et venimeuse de « Hoochie Koochie Man ». « Jessica » annonce le retour de Dickey Betts aux manettes, ce morceau est son bébé, et nous voilà parti pour dix minutes de plaisir.

Les deux six cordes sont d’abord à l’unisson,

avant que chacun d’eux ne s’exprime. La version est explosive et ensoleillée. Tout d’abord Warren et Dickey ensuite. Le résultat est simplement prodigieux, tout cela semble tellement simple et facile quand on l’écoute. « Get On With Your Life » grand Blues électrique s’installe doucement, s’imprimant sur les rétines et les tympans.

Ce titre me rappelle un autre morceau du groupe, morceau qui figure sur le « Fillmore » « Stormy Monday ». On est sur un style vraiment très proche. Gregg commence à l’orgue la série des chorus, suivi de Warren, rejoint à la fin de Dickey. Puis arrive la pièce de résistance, le sommet du concert,

les vingt bonnes minutes de « In Memory Of Elizabeth Reed » quasiment l’image de marque du groupe, un des morceaux qui le définisse le mieux, et qui représente le plus son identité, son style musical. Le début est joué très doux, très suave, presque d’une manière érotique. Puis le titre prend son envol,

Warren lance les hostilités et balance le premier chorus. De la folie. Derrière le groupe pulse et se déchaine, la basse court après la guitare, et la section rythmique doit être sous amphétamines. L’orgue prend la suite, puis c’est au tour de Dickey Betts de partir en solo. Une fois de plus, il prouve tout l’étendu de son talent, et ce dernier est immense.

Après douze minutes c’est aux batteurs et au percussionniste de prendre le devant de la scène. Marc Quiñones a su trouver sa place au sein du groupe avec ses percussions, il complète parfaitement le travail de Butch Trucks et de Jaimoe, qui rivalisent de technique, mais possédant chacun un feeling et une approche de la batterie bien différente. Jaimoe est Jazz, Butch est Rock. C’est parti pour sept minutes de tambour et c’est déjà la fin. « Revival » un morceau typique Allman, swingant, chaloupé, dansant.

Deux guitares jouant de pair, à l’unisson, avant le chant de Gregg. Un morceau ensoleillé et optimiste (Love Is Every Where). Dickey part le premier en solitaire, soutenu en rythmique par Warren. Gregg, Warren et Dickey se rejoignent à la fin du titre pour les parties vocales.

« Dreams » est le premier morceau que Gregg composa pour le groupe, ambiance Jazzy, voix rauque travaillée au Bourbon,

c’est également un des grands classiques du groupe. Molly Hatchet le reprendra dans une version plus Rock pour son premier album. Betts prend un magnifique chorus, tout en retenue, douceur et mélancolie. Warren le suit, pour un solo à la slide, dans un esprit similaire emprunt de poésie et de tendresse. Tranquillement, Gregg amène la chanson vers son final. Comme toujours, c’est « Whipping Post » qui clôture de belle manière le concert et l’album, lancé par la basse ronde et sautillante d’Allan Woody. La guitare de Warren s’envole pour son dernier voyage en solitaire,

loin dans les hauteurs du Beacon Theatre. Encore une fois, la voix de Gregg surprend par sa puissance et sa justesse.

Puis c’est au tour de Dickey de prendre les rennes de la fusée, pour la faire s’envoler vers l’infini et au-delà, dans un chorus très Jazz un premier temps, avant de s’élargir à d’autres horizons, et revenir enfin dans ce Beacon Theatre qui affiche complet, où un public hurlant et heureux les acclame, comme si demain ne devait jamais exister. D’autres albums live verront le jour, toujours enregistré au Beacon Theatre, je vous en parlerais un autre jour. En 2000, l’Allman Brothers Band ou plus précisément Gregg Allman refuse que Dickey Betts rejoigne le groupe pour la nouvelle tournée d’été, sous des prétextes fallacieux, drogue entre autre. Bizarre, quand on connait les addictions de Gregg pour les mêmes substances.

Betts recevra sa « lettre de licenciement » par fax, original non? Toujours est-il qu’il ne reviendra plus jamais dans le groupe, même en 2009, pour la tournée du quarantième anniversaire, alors que tout le monde guettait son éventuelle et tant espérée arrivée sur scène, surtout pour le concert du 26 mars 2009, où le groupe interpréta l’intégralité des deux premiers albums, sans aucun invité extérieur. Imaginez, trois lead guitares ce soir là, Warren Haynes, Derek Trucks et Dickey Betts, ça aurait eu une sacré gueule!!! Au fait je ne vous ai pas dit, mais dans « Play All Night », Dickey Betts a composé sept morceaux, ce n’est pas rien… Mais ça c’est déjà une autre histoire…

PS. Un pote m’a demandé si cet album était aussi bon et intéressant que le « Live At Fillmore », je lui ai répondu que OUI, différent mais tout aussi indispensable. Perso, il me file la chair de poule !!!

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