STEPHEN KING : « 22/11/1963 ». 2011

9782226246943-j A la différence de nombreux écrivains, qui comme lui se sont plus tôt tournés vers le fantastique, le style de STEPHEN KING est reconnaissable dès les premières lignes. Car il fait partie des romanciers dont on pourrait dire que ce sont de grands et vrais écrivains, ses œuvres  ne sont pas ce que l’on appelle des « romans de gares ». Pour moi, c’est un peu le Victor Hugo, l’Alexandre Dumas de notre ère, dans le domaine du Fantastique. Stephen King Il vous prend tranquillement par la main, sans se presser, vous entraine dans des méandres inattendus, et petit à petit insinue en vous cette sensation de mal être, d’angoisse diffuse, qu’il distille dans votre cerveau, par petite touche, de cette manière insidieuse dont il a le secret. Une fois le venin en vous, vous êtes hypnotisés, la seule action dont vous vous sentez capable de faire, est de tourner sans vous arrêter les page du livre que vous tenez dans vos mains. Votre esprit est prisonnier du roman, vous êtes sous contrôle. Là, réside la grande force de STEPHEN KING et de son talent d’écriture, qui semble se bonifier avec le temps, comme un grand cru Bordelais. KING a abordé tous les styles du fantastique littéraire avec la même détermination, le même bonheur, et même si l’on adore Graham Masterton, Dean Kootz et d’autres encore, il y a un plus chez lui, il ne joue pas dans la même cour. CORRECTION-Books-Edgar-Awards-1 STEPHEN KING est largement au dessus du lot. Il détient la magie des mots, tous les virages, et les obstacles des situations les plus folles ou incroyables. Et cela ne date pas d’hier… STEPHEN KING est né le 21 septembre 1947 à Portland dans l’Etat du Maine, où d’ailleurs se déroule la majeure partie de son oeuvre. En 1974, il publie son premier roman « Carrie » dans lequel il traite de télékinésie. 408154 Il ne s’arrêtera plus, s’essayant à l’horreur, au polar, au fantastique, à la science-fiction et à la l’héroïc Fantasy. A son actif une cinquantaine de romans, et environ deux cent nouvelles. Suite à un grave accident de voiture, il freine quelque peu sa cadence d’écriture. Les années 80, ont vu l’apothéose de la carrière de STEPHEN KING, et des chiffres de ventes colossaux. A l’heure actuelle on estime qu’il a vendu à travers le monde environ 400 millions de livres! Le nombre de ses récompenses est impressionnant, 13 fois le Prix Bram Stoker, 7 fois le Prix British Fantasy, 5 fois le Prix Locus, 4 fois le Prix World Fantasy, 2 fois le Prix Edgar Allan-Poe, une fois le Prix Hugo et le O.Henry Award. En 2003 il reçoit la Médaille de la National Book Foundation pour sa contribution à la littérature américaine, et en 2015, la décoration de la National Medal Of Arts… Rien que ça U.S. President Barack Obama presents author Stephen King with the National Medal of Arts during a ceremony at the White House in Washington September 10, 2015. REUTERS/Kevin Lamarque - RTSJEK Naturellement certains critiques sont féroces avec lui, lui reprochant un côté un peu trop populaire et familier, mais de moins en moins. La facilité avec laquelle il se joue des angoisses les plus enfouies au fond de nos âmes, les faisant resurgir comme un diable à ressort dans sa boîte, est unanimement applaudie. Le portrait qu’il brosse d’une certaine Amérique, à l’instar d’un Bruce Springsteen dans un style complètement différent, n’est pas tendre. « 22/11/63 » est un roman qui trotte dans sa tête depuis plusieurs décennies, même avant « Carrie » carrie-book-cover mais KING ne se sent pas encore prêt à s’y attaquer, et les plaies sont encore trop fraiches, il préfère attendre encore. Et près de trente cinq ans plus tard, KING entreprend des recherches extremement poussées, se documente sur tout ce qui se passe dans ces années, sur la vie quotidienne des américains de la fin des années 50 jusqu’au milieu des années 60. Il lit toutes les théories possibles sur l’assassinat de Kennedy, théorie du complot extérieur, d’un complot intérieur au gouvernement, celle d’un homme seul. KING va jusqu’à rencontrer des historiens pour connaître leur point de vue, et leurs idées d’un futur où Kennedy aurait été vivant. 1024px-JFK_limousine STEPHEN KING nous explique également dans la postface du roman que l’épilogue du livre est due à son fils, romancier également Joe Hill, c’est lui qui lui a suggérée. A sa sortie le 8 novembre 2011 aux Etats-Unis (2013 chez nous), le succès est phénoménal. « 22/11/63 » devient le plus grand succès de l’écrivain. Quatre semaines à la première place de la liste des best-sellers du New York Times, et deuxième meilleure vente de livre de fiction aux USA en 2011 avec près d’un million d’exemplaires vendus. king-11111 Cette fois STEPHEN KING s’attaque à un thème bien particulier du roman fantastique, l’uchronie. Un postulat de départ bien réel, que l’on essaie de changer pour modifier le futur! le célèbre : « Et si… » Une des uchronies les plus célèbres étant, « Et si l’Allemagne Nazie avait gagné la seconde guerre mondiale… »  De nombreux écrivains s’y sont essayés avec plus ou moins de réussite, Philip K. Dick et son très célèbre « Le Maître Du Haut Château » Fredric Brown avec « L’Univers En Folie », « Le Voyageur Imprudent » de René Barjavel, Pierre Barbet et « L’Empire Du Baphomet », Michael Moorcock et « Le Seigneur Des Airs » et « Le Léviathan Des Terres », Ward Moore avec « Autant En Emporte Le Temps », Keith Roberts et son « Pavane », Robert Silverberg « La Porte Des Mondes »John Wall, sous le pseudonyme de Sarban nous donne « Le Son Du Cor » et plus près de nous, Robert Harris avec « Fatherland ». SONS OF ANARCHY: Stephen King in SONS OF ANARCHY airing Tuesday, September 21 at 10 PM e/p on FX. CR: Prashant Gupta / FX. Pour STEPHEN KING, la question est la suivante : « Et si John Fitzgerald Kennedy n’était pas mort à Dallas le 22 novembre 1963. Si quelqu’un avait empêché Lee Harvey Oswald de tirer correctement et d’abattre le Président, comment le monde aurait-il évolué, aurait-il changé ? Et le Vietnam ? Kennedy aurait-il été réélu? Le monde tel que nous le connaissons aurait-il été le même ? » Beaucoup de questions auquel STEPHEN KING essaie de répondre en faisant de nous des spectateurs privilégiés, souvent haletants, le coeur battant la chamade. 22_11_63_stephenking-albinmichel_jaquette-entiere_resized Le héros du roman Jake Epping, professeur d’anglais, divorcé, tranquille, la trentaine, une existence sans relief, ni vraiment heureux, ni vraiment malheureux. Ne ressentant que peu d’émotion, jusqu’au jour où il lit la rédaction d’un de ses élèves, un adulte, le seul de sa classe, légèrement handicapé, et là il se sent complètement ému, lui qui n’a quasiment jamais pleuré de sa vie, ressent une immense peine. 112263_new1 Et en fin de compte, un peu à cause de cette rédaction il va accepter la proposition de Al Templeton, patron d’un snack-bar où il dîne presque tous les jours, et détenteur d’un incroyable secret, caché au fond d’un placard sombre de l’arrière salle de son café, une faille spatio-temporelle qui ouvre une porte sur 1958, toujours au même endroit, toujours à la même heure. Al qui se meurt d’un cancer des poumons, veut que Jake parte dans le passé empêcher l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, afin de rendre le futur meilleur, et d’éviter la guerre du Viet-Nam… 22-11-63-critique-pilot Al de préciser, attention, chaque retour à notre époque en repassant dans le placard, efface le voyage précédent, et tout ce qui y aurait été changé. Al a déjà testé de nombreuses fois le voyage, mais n’est jamais resté assez longtemps pour mettre à bien son projet, 60661662 mais grâce à des paris sportifs il a amassé une jolie petite somme d’argent de l’époque qui aidera Jake pour son voyage. Curieusement quelque soit le temps que l’on reste dans le passé, quand on revient au présent il ne s’est passé que deux minutes… hulu-s-new-series-11-22-63-already-has-me-addicted-845477 « 22/11/63 » le titre du roman, est une date inscrite au fer rouge pour les américains et pour le monde. Malgré tout, on est très loin de la science-fiction, entre aventure et magnifique histoire d’amour, KING de sa plume magique, dans un style facile, simple nous fait découvrir une Amérique que nous sommes loin de connaître, au parfum parfois enivrant, à la violence parfois insoutenable. ob_3ea85b_112263-recap-episode-6 Personnellement, j’ai beaucoup aimé ce gros livre, pas loin de mille pages, on est dedans, on marche aux côtés de Jake, nous sommes son ombre, avec lui nous souffrons, avec lui nous sommes heureux. maxresdefault Vous rendez-vous compte un monde où le téléphone n’existe pas, la télévision est en noir et blanc, le chômage inexistant, pas de pilule contraceptive, mais hélas une immense pauvreté, et un racisme virulent. KING donne des clins d’oeil sympathiques à quelques uns de ses romans précédents. Et bien sur nous sommes dans le Maine une bonne partie du temps, on passe à Derry entre autre, petite ville que les lecteurs de KING connaissent bien… Oui tout STEPHEN KING est là, dans son roman, ses peurs, ses angoisses, ses passions. Des êtres violents traverse le livre, des hommes à moitié fou, image diabolique d’un père désincarné devenu une bête inhumaine. 112263-james-franco-josh-duhamel La musique tient une place très importante dans le livre, celle de la fin des années 50, le swing, le rock’n’roll, les Everly Brothers, les McGuire Sisters ou Danny and the Juniors. Mais pas uniquement la bande son de ces années, la vie américaine également, son insouciance, 11-22-63-tv-review-amazon ses futures « maladies », les fumées toxiques des usines, le tabac enveloppant chaque lieu d’un nuage de fumée nauséabonde, et ses bons côtés, le vrai goût des aliments, des boissons comme la bière ou le lait, et le pire de tout, l’éternelle ségrégation raciale, avec ses toilettes pour les blancs, hommes et femmes et une porte spéciale pour les gens de couleurs qui amène après une petite marche forcée, à une vieille planche pourrie… On est très loin du rêve américain… 22-11-63-stephen-king-critique-le-bric-a-brac-de-potzina Et notre héros bien malgré lui, Jake Epping traverse cette époque, et tombe amoureux fou. Et oui, ça devait bien lui arriver. C’est une très belle histoire dans l’histoire. 1122630002 Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son enquête sur Lee Harvey Oswald, ses possibles complices, la théorie des complots, tant de possibilités sont à étudier, et aucune au détriment de l’autre. Mais la lecture n’en est jamais ennuyeuse ou fastidieuse, elle coule comme un petit caillou dans une rivière, s’attardant ici ou là, et repartant de plus belle. 11-22-63,M305509 Mais attention, le passé n’aime pas être changé, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour rester immuable, et met des bâtons dans les roues de ceux qui s’aventurent à vouloir le modifier, il faut faire avec, c’est un obstacle supplémentaire… Alors, Jack parviendra-t-il à modifier le futur, réussira-t-il à empêcher Oswald de tuer Kennedy, et avec tous ces paradoxes temporels le futur sera-t-il meilleur que celui que nous connaissons? Daniel-Webber-in-11.22.63 A toutes ces questions, vous connaîtrez les réponses en lisant ce fantastique roman de STEPHEN KING, où émotion, et angoissant suspense sont mêlés, et qui contribue si cela en était encore besoin, à assoir sa suprématie sur bon nombre de ses confrères écrivains. C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai fermé  « 22/11/63 », tant je m’étais attaché à ses personnages, devenus presque des amis. 22_11_63-james-franco-voiture Le succès du roman est tel, que la chaîne américaine privée Hulu décide de réaliser une mini-série adaptée le l’ouvrage de KING, avec pour producteurs entre autres, J.J. Abrams et STEPHEN KING lui même. 22_11_63-stephen-king-james-franco-jj-abrams Diffusée de février à avril 2016, elle connait un énorme succès. En France, la série est achetée par Canal+. Les principaux acteurs sont James Franco, Sarah Gadon, George McKay, Chris Cooper, David Webber et Lucy Fry. 12512355_10153351634737611_4620015879856539810_n                 Je peux vous dire, pour avoir eu la chance de voir l’intégralité de cette série, qu’elle est vraiment réussie, et ne trahit en rien le livre de STEPHEN KING.Les illustrations sont d’ailleurs extraites de la série. 458563 Oui, notre écrivain adoré a frappé très fort cette fois ci. D’ailleurs il ne s’appelle pas KING pour rien, c’est vraiment lui le Roi !

Stephen King signs the copies of his book 'Rivival' at Barnes & Noble Union Square in New York City on November 11, 2014.

Stephen King signs the copies of his book ‘Rivival’ at Barnes & Noble Union Square in New York City on November 11, 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

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