SHYLOCK : « GIALORGUES » 1976

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Les années 70, furent un vivier d’où émergea un grand nombre de nouveaux talents dans le paysage Rock français, c’est l’époque de la grande explosion, du jour au lendemain sortent des albums superbes, soit signés par les « grands », soit par des groupes inconnus. Un courant musical naît, tourné plus vers les compositions complexes de Yes, King Crimson, Gentle Giant, Van Der Graaf Generator, Magma, ou Ange que vers les rythmes binaires traditionnels du rock anglais ou américain. Mais pas non plus une musique pour intellos, non, mais une musique plus réfléchi, plus fouillée, plus complexe, mais toujours accessible.

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L’histoire de SHYLOCK débute à la fin du mois de Juin 1974, lorsque deux musiciens, le claviériste DIDIER LUSTIG, et le batteur ANDRE FISICHELLA, quittent  le groupe niçois Fusion, spécialisé dans les covers de Deep Purple et Uriah Heep, afin de créer leur propre musique, plus progressive. Ils se mettent en quête d’autres musiciens. Ils remarquent une annonce placée chez un magasin d’instruments de musique, un jeune guitariste recherche des musiciens pour monter un groupe de musique progressive, FREDERIC L’EPEE. Les trois se rencontrent le 1er Juillet 1974, le courant passe immédiatement, ils ont les mêmes aspirations, ils sont jeunes, et décident dès le lendemain de former leur groupe…

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Le 4 Juillet, ils partent en vacances d’été dans le petit village de St.Dalmas-Le-Selvage, où DIDIER a passé son enfance, afin de travailler à leur répertoire.  Ils persuadent le Maire de les laisser répéter dans l’église, qui devient ainsi, leur studio de répétition pour les deux mois de vacances scolaires.

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Ils essaient de mêler leurs diverses influences à leurs compositions, et au fil des morceaux des ombres fugitives de King Crimson, Ange, Yes, Emerson Lake & Palmer, et de musique Zeühl passent dans le paysage sonore. Mais voilà, il leur faut un nom. C’est en cherchant dans un dictionnaire que DIDIER tombe sur SHYLOCK, un des personnages d’une pièce de William Shakespeare. Dans la tranquillité des Alpes, coupés du reste du monde, ils peaufinent les titres, les arrangements.

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Les idées affluent, des mélodies, des breaks, chacun apporte son point de vue, et bientôt ils se retrouvent avec plusieurs morceaux, ceux-ci étant uniquement instrumentaux, ils les nomment « LE PREMIER », « LE QUATRIEME », et ainsi de suite selon l’ordre de leur création. De retour à l’Université de Nice, SHYLOCK recherche un bassiste pour compléter leur line-up. Mais après de très nombreux essais infructueux, le groupe décide de rester dans la formation de trio. SHYLOCK est contacté par l’ancien manager de Fusion, il met son expérience au service du groupe. Les vacances suivantes, les trois amis retournent dans les Alpes, composant « LE CINQUIEME » et « LE SIXIEME ». Pendant ce temps, CHRISTIAN GOUTTENOIRE, le manager, décroche au groupe son premier concert, à La Maison des Jeunes de Magnan à Nice, le 7 Avril 1975, SHYLOCK joue devant 300 personnes.

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En Juin, c’est à la Faculté de Lettres, et dans les alentours de Nice, et Cannes. L’audience locale est enthousiaste, malgré le côté torturé et relativement complexe de la musique. Les balances d’avant concerts sont faites par des amis du groupe. Désireux de faire connaître leur musique, et de se faire un nom, le groupe décide d’enregistrer un disque. En Juin 1975, les musiciens louent le Studio 16, à La Fontaine, près d’Antibes, pour une durée de 10 jours. Mais manquant de moyens financiers, ils passent un deal avec le propriétaire du Studio, le prix de la location est divisée en deux, en échange d’une participation à la production.

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L’album est enregistré sur 16 pistes, et c’est FREDERIC qui assure toutes les parties de basse. Le mixage définitif est réalisé à Lyon, au Studio ABM. Ils ne retiennent que trois morceaux,  « LE QUATRIEME »  plus de treize minutes, dans lequel DIDIER nous dévoile toutes ses capacités,

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« LE SIXIEME », quatre minutes,

et « LE CINQUIEME » plus long morceau de l’album avec dix neuf minutes.

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Mais le groupe n’est pas vraiment satisfait du résultat obtenu, la qualité de l’enregistrement n’est pas aussi bonne que les musiciens l’auraient souhaité. La pochette de l’album est un dessin de l’église de St.Dalmas, exécuté par un copain. Le titre de l’album GIALORGUES, est le nom d’une montagne dont le sommet est visible du village.

shycddosAprès l’enregistrement, le groupe se cherche une maison de disques susceptible de sortir l’album. Le manager effectue son service militaire… En attendant, ils auto-produisent, et pressent 1500 copies. On voit le groupe sur télé-Monté-Carlo, l’album est fourni par le groupe aux magasins de la Côte, et aux radios locales. L’accueil est bon, et la presse du Sud leur consacre de nombreux articles. L’album est également envoyé aux magazines spécialisés, Best, Extra, Rock & Folk. Pour le groupe ce premier album est comme une carte de visite. De retour du service national, CHRISTIAN GOUTTENOIRE monte à Paris pour présenter l’album à des majors compagnies. CBS décide de sortir l’album. Au début 1978, l’album est chez tous les disquaires de France.

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CBS vend 3000 copies, et l’album est rapidement reconnu comme une pièce maîtresse du Rock Progressif français, dans la pure lignée des grands albums de King Crimson. Mais c’est GIALORGUES qui reste à jamais dans notre mémoire. Une musique belle et complexe à la fois, riche de puissantes mélodies qui se cassent pour mieux se reformer, atmosphérique dans leur créations, envoutante, hypnotique, répétitive. Et même si l’on ne peut crier au Chef d’Oeuvre, le manque d’un vrai bassiste ce faisant cruellement ressentir, cet album n’en demeure pas moins superbe et vénéneux, et laissait présager après maturité une suite à la hauteur des ambitions du groupe. De SHYLOCK, il nous reste deux albums à écouter, pour se souvenir. « Ile De Fièvre » paru en 1978, mais n’arriva pas au niveau du précédent.

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Personnellement, dans GIALORGUES j’ai une affection particulière pour le premier titre « LE QUATRIEME »

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