THE ALLMAN BROTHERS BAND : « THE ALLMAN BROTHERS BAND » . 1969

Les frères Allman, Duane et Greg, sont nés à Nashville, respectivement le 20 novembre 1946, et le 8 décembre 1947. Au début des années soixante, les deux frères forment « The Escorts » rapidement renommés « The Allman Joys », ils se produisent en Floride, en Géorgie et en Alabama. Vers la fin de la décade, ils tentent leur chance à Los Angeles sous le nom de « Hourglass », le groupe enregistre deux albums chez « Liberty Records », « Hourglass » en 1967, et « Power Of Love » en 1968. La qualité des enregistrements ne satisfait pas vraiment les deux frères, ce qui n’empêchera « United Artists » de rééditer les deux albums en 1974, alors que l’ « Allman Brothers » est à l’apogée de sa première carrière. À la séparation de « Hourglass », les deux frangins retournent dans le Sud. Duane de son côté participe à divers enregistrements chez « Muscle Shoals Studios », en Alabama, notamment avec Johnny Jenkins.

C’est à la suite de « bœufs » entre « 31st Of February » le groupe de Butch Trucks, et « The Second Coming » celui de Richard Betts et Berry Oakley, qu’apparaissent de nombreuses affinitées entre les différents musiciens, dont Jay Johanson, un batteur que Duane a appelé, et avec qui il a déjà joué. Tout celà conduira Gregg et Duane à signer un contrat avec Phil Walden, qui monte pour eux,  le label « Capricorn »  et le futur groupe qui en découlera. Le groupe se compose de Gregg Allman orgue et vocaux, Duane Allman slide et lead guitar, Dickey Betts lead guitar, Berry Oakley bass, Jay Johanson drums, Butch Trucks drums.

Après de très nombreuses répétitions, et concerts dans le Sud, le nouveau groupe « The Allman Brothers Band » s’envole au printemps 1969 pour New York, et y enregistre un premier album. Le point fort du groupe entre autre, les duels, et les grandes envolées de guitares entre Duane et Dickey Betts, au sein d’un savant mélange de Rock, de Soul, de Jazz, de Blues, et de musique Noire. Que dire de ce premier album, qui sort le 4 novembre 1969, et qui contient déjà toute l’essence de l’Allman, feeling, virtuosité, finesse improvisation, et dont quasiment tous les morceaux sont devenus aujourd’hui des Classiques. À sa sortie, le disque ne convainc pas tout le monde, trop moderne, trop différent. Et pourtant tout est là pour y satisfaire le plus grand nombre. Morceaux parfaitement écrits, chorus de toute beauté, avec des envolées lumineuses. Chaque musicien jouant à la perfection, dominant parfaitement son sujet, excellent dans son registre. Et pourtant malgré toutes ses énormes qualités, le succès ne concerne vraiment que les États du Sud.

Les critiques elles sont bonnes. Le groupe y gagne en réputation. Phil Walden décide d’envoyer le groupe sur les routes pour le faire connaître. L’idée est excellente. Le groupe y gagne une réputation énorme. Ce que ce premier album n’a pas su faire, les concerts vont y remédier. La sonorité Blues Rock du disque a peut être dérouté les auditeurs, et pourtant ce n’est que de bonheur. « Don’t Want You No More » est une reprise du Spencer Davis Group. La mise en place est rigoureuse, le groupe part rapidement en chorus, orgue d’abord,

pour présenter le thème. La guitare arrive ensuite, merveilleusement belle. Elle nous parle délicatement, comme pour nous annoncer une histoire qui va bientôt arriver. L’accompagnement est parfait, swingant, éthéré, jazzy et il nous emmène vers le second titre « It’s Not My Cross To Bear » beaucoup plus Blues, la voix de Gregg est rauque à souhait, la guitare chaleureuse.

Ce Blues est une véritable tuerie, la voix est gorgée de soul, un peu dans l’esprit de celle de Robert Plant dans « Since I’ve Been Loving You ». Là encore les guitares sont splendides, le premier chorus est presque timide, il accompagne la voix, en retrait, le solo est tendre, il parle d’amour.

Le second est dans le même esprit, en plus rond, les mots sont différents. La retour de la voix marque la fin du morceau, la guitare se fait suave, la fin est proche, la batterie frappe ses peaux, c’est fini. « Black Hearted Woman » plus noire, répétitive, rythmé, complètement Allman, funk et soul, et pourtant Rock également. du pur Allman, les percussions habillent l’arrière du morceau. Le premier chorus est plus incisif que sur les deux morceaux précédents,

plus tranchant aussi, il fait plus mal. Les riffs accrochent. les batteries font le break. Les chœurs psalmodient et annoncent la fin du titre, dans une envolée plus rapide.

Splendide. « Trouble No More » est introduit par les battements cardiaques des deux batteries à l’unisson, rejoint par les guitares, et la voix. Le rythme est rapide et très chantant, la guitare accompagne les vocaux, l’effet est magique,

le chorus enchaîne, souplement, avant le retour de la voix, et de la guitare comme précédemment. Le second chorus nous entraîne vers la fin du morceau. Beau travail de Duane et de Dickey tout au long du titre. « Every Hungry Woman » un rock plus électrique, mais l’attitude est cool et chaloupée. Ça swingue en rockant. Les deux guitares se parlent se répondent.

L’orgue de Greg survole l’ensemble rythmé par le drumming des deux batteurs, qui tissent une dentelle des plus fine. Très beau morceau. « Dreams » classique immédiat, ambiance spatiale et éthérée, l’orgue est présente,

l’introduction est longue et souple. Les notes de guitare préparent la suite du morceau, le chorus tout en retenue, limpide et frémissant.

Duane dialogue avec le vent, l’air, les nuages, l’ensemble semble glisser, voler. C’est superbe, tranquille et serein, planant et suave. Le retour est là, languissant et tonique à la fois, deux guitares à l’unisson vers la fin, petit break des batteries, retour vers le début, le passé est loin, la fin est proche. Quel beau morceau, quelle tranquilité, quelle paix. « Whipping Post ». Gros son de basse, en préambule, les autres arrivent, et exposent le thème, l’histoire. Cette intro est l’une des plus connue et reconnue de l’Histoire de la Rock music,

ce riff de basse est éternel. Tout cela semble énorme, entre Rock et Blues, le chorus de guitare débute, l’histoire est belle. Déjà la voix est de retour, la guitare attend, en embuscade, prête à repartir de plus belle, plus enjouée que jamais. Second chorus, plus Rock, plus brutal, le groupe suit derrière, fait monter la sauce, et ça grimpe très haut, la fin est proche, elle est là, elle arrive en douceur, tranquille, simplement, naturelle.

L’album s’achève ainsi, doucement, calmement, avec paix et sérénité. Cinq minutes seulement pour nous raconter cette merveilleuse histoire, c’est très court, trop court, beaucoup trop court, c’est pour cela que durant les concerts le groupe prend du temps et « Whipping Post » peut atteindre la demi-heure, et c’est tellement évident, tellement logique. En un mot, normal. Le grand succès commercial, n’est donc pas au rendez-vous, à l’exception du Sud du pays.« Allman » nous a pondu un album très abouti, bénéficiant d’une remarquable mise en place des musiciens.    Ce premier album culminera à la 188ème place des Hits. Paradoxalement, il a mis en place des titres qui par la suite deviendront des Classiques du « Allman », gagnant une popularité exceptionnelle dans le futur à venir, et établissant à tout jamais ces titres dans l’Histoire Ô combien extraordinaire du monde du Rock, et de l’industrie musicale.  Si quelqu’un a vu l’énorme potentiel de Duane Allman comme guitariste, c’est bien Eric Clapton. En 1970, il le contacte, et lui demande de participer à l’enregistrement de son nouvel album « Derek & The Dominos . Layla and Other Assorted Love Songs ».

La slide magique de Duane planera tout au long de ce merveilleux double album. Hélas, il se tuera le 29 octobre 1971, dans un accident de moto. Mais ça, c’est déjà une autre histoire…

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