JOËL SCHUMACHER : « 8 MM ». (2000)

Curieusement, certains metteurs en scène, réalisateurs américains semblent poursuivis par une malédiction. Quoiqu’ils fassent, les critiques trouveront leur travail mauvais, je ne vois pas de pareil cas en France, et seul les Etats-Unis peuvent se venter de pareil étroitesse d’esprit. JOËL SCHUMACHER est né le 29 Août 1939 à New York, et même si tous les films qu’il a réalisé sont loin d’être des chef d’oeuvres, on peut lui reconnaître un réel savoir faire.

La cabale contre lui date de ses deux adaptations du personnage de Batman. On lui a reproché d’avoir dénaturé et détruit d’une certaine façon le Mythe du Super-Héros avec « Batman For Ever » et « Batman Et Robin ». Personnellement, je vois cela d’assez loin, n’ayant pas spécialement adoré les deux réalisations de Tim Burton, je ne trouvais pas celles de SCHUMACHER si mauvaises.

Cette cabale est tellement virulente qu’ il a été inventé un adjectif : Schumachered, pour désigner quelque chose de pourri, de raté, de plus que mauvais. Vraiment parfois les ricains sont bizarres … On lui doit entre autre « Chute Libre », « Le Droit De Tuer », « L’ Expérience Interdite », « Phone Game », « Le Client », l’excellent film de vampires « Génération Perdue », et le film qui nous intéresse aujourd’hui « 8 MM », avec NICOLAS CAGE , pas encore abonné aux navets, et aux séries « Z », dans le rôle d’un détective privé, et le remarquable JOAQUIN PHOENIX ,

« 8MM » est une longue descente dans les abîmes de la perversion humaine. La société américaine est assez bien ciblée dans ses différentes catégories, personne n’est épargné. «  Tom Welles est un privé au quotidien peu palpitant, il mène une vie banale avec sa femme et sa petite fille. Lorsqu’une riche veuve lui demande d’enquêter sur un film au standard 8MM, trouvé dans le coffre fort de son défunt mari, et où l’on voit le meurtre d’une jeune fille, Tom bascule dans un univers de perversion dont il ne soupçonnait pas l’existence ».

SCHUMACHER nous évite un voyeurisme qui serait par trop simple et si évident pour ce genre de film, mais impose à son long métrage une ambiance glauque et vite étouffante. Son film est sans espoir de rédemption aucune. De tels faits existeront toujours, puisque les demandeurs seront toujours là. C’est vrai qu’après avoir vu « 8MM », après la vision de ce voyage au bout de l’horreur, on se sent mal, sale, le film dérange, on n’en ressort pas indemne.

Certains spectateurs ont trouvé « limite » les agissements de NICOLAS CAGE.  Les meurtres de sang froid, cautionnés par la légitime défense, ou l’esprit de vengeance, afin d’écarter la menace qui pourrait planer sur sa propre famille. Ainsi que le fait de le voir tuer plusieurs individus ignobles, sans raison personnelle, si ce n’est qu’en obtenant la bénédiction, et le feu vert de la mère de la victime. Ces actions dégageant quelques relents de fascisme et de vengeance un peu trop facile. C’est vrai que cela rappelle Charles Bronson et la saga d’ « Un Justicier Dans La Ville », mais les ressemblances s’arrêtent là.

SCHUMACHER a réalisé un film encré de plein pied dans notre siècle, où perversions, sadisme et violences se rejoignent et se mélangent. Celui qui a l’argent, le pouvoir, peut tout se permettre, y compris l’innommable, car il se considère au-dessus des lois humaines, elles ne le concernent pas. Et nous suivons NICOLAS CAGE dans son enquête, nous découvrons avec lui, un univers interlope, hostile, rongé par un mal pervers et sournois.

Le thème des enfants disparus n’est que très partiellement évoqué, car cela ne représente qu’une toute petite pièce du puzzle, même si les scènes entre Welles et la mère de la jeune fille disparue sont poignantes, et remarquablement écrites. Hormis « 8MM », les « snuff-movies » n’ont guère intéressé les réalisateurs, puisqu’on ne trouve que deux films traitant du sujet, « Témoin Muet », et « Tésis », mais le film de SCHUMACHER va plus loin, il nous fait explorer les bas-fonds de notre société, et nous montre que derrière le monstre se cache l’homme de tous les jours, le gentil voisin, le bon fils, quelques fois même le bon père de famille.

L’horreur a notre visage, c’est un miroir, et là réside la monstruosité, dans cette banalité, cette normalité de l’anormal, de l’immoralité et de la plus sombre perversité. L’horreur n’a pas le visage de l’horreur, mais celui de l’ordinaire, de monsieur tout le monde. Et nous vivons cette expérience, ce voyeurisme qui nous dérange et nous met mal à l’aise, car nous sommes tous concernés,

personne n’est totalement innocent, ni totalement coupable, personne n’est ni tout blanc, ni tout noir, et qui  peut dire qu’un jour, il ne sera pas contaminé à son tour par ce mal pernicieux, par ce côté sombre qui sommeille en chacun de nous, comme une bête tapie, mais toujours aux abois, n’attendant qu’une sombre étincelle pour bondir sur sa proie… JOËL SCHUMACHER nous a quitté il y a un peu plus d’un mois, le 22 juin 2020, emporté par un cancer.

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