THE ALLMAN BROTHERS BAND : « WHERE IT ALL BEGINS ». 1994

Nous sommes en 1994, pour The Allman Brothers Band, les concerts succèdent aux concerts. La réussite des deux derniers albums « Seven Turns » en 1990, et « Shades Of Two Worlds » en 1991, a ramené la foule qui peu à peu s’était fatiguée du groupe, de leurs problèmes, de leurs disputes, et avait fini par déserter leurs concerts. Tout cela semble bien loin aujourd’hui. Deux excellents albums successifs, ont ravivé la flamme dans le cœur des fans, qui en fin de compte n’attendaient que ça. De plus, l’arrivée de Warren Haynes à la guitare, a provoqué un électrochoc au sein du groupe, qui retrouve enfin la splendeur qui était sienne au début des années soixante dix. Son fabuleux jeu de guitare, associé à celui Ô combien talentueux de Dickey Betts, réveille des souvenirs lointains,

 et fait réapparaître les grandes envolées lyriques, les chorus illuminés, véritables feux d’artifices qui font toujours briller les yeux d’un public qui n’en revient pas. Entre eux, admiration et respect. 1994 est une date importante pour Warren. Il décide avec Allen Woody, le bassiste, de monter un groupe, parallèlement à l’Allman, un power trio, un jam band, avec Matt Abst à la batterie, Gov’t Mule. Il se rendra compte trois ans plus tard, qu’il est très difficile de mener de front la carrière de deux groupes, et se verra dans l’obligation de prendre une décision. Je vous en parlerais en son temps, car c’est une toute autre histoire, pour le moment, revenons à l’Allman Brothers.

La tournée une fois terminée, quoi de plus normal que de faire un nouvel album. Nos sept amis commencent à travailler les nouveaux morceaux, et bientôt, le onzième album du groupe est fin prêt. Son nom « Where It All Begins » et de nouveau Tom Dowd le produit.  Les ventes sont nettement meilleures que celles du disque précédent, pourtant de grande qualité. Un titre fera les beaux jours des radios Rock :  « No One To Run With ». Un autre titre, composé par Warren Haynes devient un des préférés des fans, et plébiscité à chaque concert : « Soulshine », également joué par Gov’t Mule. Mais en fin de compte, le fait le plus marquant concernant cet album, est qu’il est le dernier avec Dickey Betts au sein du groupe,

mais chut, personne n’est encore au courant, et c’est une toute autre histoire, nous verrons cela une autre fois, promis. Pour l’instant retournons à « Where It All Begins ». Il offre l’avantage d’avoir été capté live en studio, et ça, c’est vraiment Rock’n’Roll. Enregistré au mois de janvier, il est disponible chez les disquaires au mois de mai 1994. L’album s’ouvre sur « All Night Train », composé par Gregg, Haynes et Chuck Levell. Gregg y parle pour la première fois de sa dépendance aux drogues, sur un Blues Rock traditionnel,

la voix quelque peu fatiguée. Les guitares sont au rendez-vous, pourtant je trouve qu’il manque l’étincelle qui illuminerait, et transcenderait la chanson. Je ne suis pas convaincu à cent pour cent. Quand on aime, on est un peu plus difficile, un peu plus exigeant.

(Photo by Steve Eichner/WireImage)

« Sailin’ ‘Cross The Devil’s Sea » est plus fun, les percussions assurent un gros boulot, et la voix est plus posée.

Le riff est sympa, et le morceau donne la banane. Les guitares se répondent, l’effet est chouette, et les solis qui suivent envoient leur pesant de feeling. « Back Where It All Begins » est un titre de près de dix minutes, chanté par Dickey, et composé par lui. Chaloupé comme on aime, c’est un pur produit

Allman Brothers. Magnifique premier chorus de guitare, élégant et incisif. La section rythmique est fluide, mouvante, et dansante. Le deuxième chorus de six cordes, est plus dansant, plus solaire.

(Photo By Rick Diamond/Getty Images)

L’échange entre Dickey et Warren le long du morceau est assurément une de ses forces. « Soushine » est indéniablement une des réussites de cet album, composé et chanté par Warren Haynes, il renferme une très belle ligne de basse. Classique du groupe, et attendu en concert,« Soulshine »

est également joué par Gov’t Mule qui l’a mis à son répertoire. Deux grands chorus de guitares se suivent, et colorent magnifiquement le morceau. « No One To Run With » est un Blues Rock Allmanien, dansant et chaloupé,

aux percussions très actives. Une réussite à porter au crédit de Betts.

Les guitares chantent, se croisent, s’éloignent pour mieux se réunir à nouveau. Une belle surprise. « Change My Way Of Living » composé par Betts, chanté par lui, garde le même esprit, avec des guitares qui se partagent l’espace musical, sans qu’aucune compétition ne viennent obscurcir le tableau,

seule la musique compte, c’est d’ailleurs ce qui a toujours été la marque de fabrique du groupe, et c’est ce qui fait qu’on adore tant Allman. Avec cette base rythmique, qui tient l’édifice, et le porte si bien. « Mean Woman Blues » nouvelle chanson composé par Betts, qui me fait beaucoup penser à la version de « Crossroads » joué par les Cream,

dans le disque live du mythique « Wheels Of Fire ». J’y trouve de nombreux points communs, ce qui d’ailleurs n’est pas pour me déplaire. Betts sait parfaitement écrire pour Allman, on l’a déjà vu par le passé.

Les guitares cisèlent avec force passion des chorus habités, virtuoses, lyriques et passionnés, aux consonnances Claptonienne époque Cream. Personnellement j’adore. « Everybody’s Got A Mountain To Climb » toujours et encore composé par Dickey Betts un des grands gagnant de cet album, jamais il n’aura composé autant de titres pour un disque.

Blues vitaminé, où l’orgue de Gregg tisse une toile, sur laquelle les guitares posent leur marque respectives, c’est doux, calme, tranquille et reposant. « What’s Done Is Done » est un Rock’n’Roll dansant, l’orgue de Gregg

Allman prend le premier chorus, suivi des deux guitaristes,

sous le martèlement dynamique des deux compères batteurs et du percussionniste. Pas révolutionnaire, mais sympa.« Temptation Is A Gun » est le dernier morceau du disque. Co-signé par Neal Schon, ancien complice de Carlos Santana, et guitariste de Journey.

On a cette fois droit à un vrai Blues, où la voix de Gregg sonne à merveille, le groupe assure de belle manière, et une fois de plus, Betts et Haynes nous offrent de grands moments. En conclusion, « Where It All Begins » est un bel album. Dernier des trois albums de la renaissance de l’Allman Brothers Band, il en est, il faut bien le dire, le plus faible, même si on y trouve d’excellentes choses.

© 2012 David Oppenheimer – Performance Impressions Concert Photography Archives

Mais indubitablement, « Seven Turns » et « Shades Of Two Worlds » sont plus réussis, ce qui ne veut pas dire que ce « Where It all Begins » est raté. Non, il est simplement moins bon, et contient quelques morceaux plus faibles. Les grandes forces de ce disque, la puissance tranquille des deux batteurs, Butch Trucks et Jai Johanson dont le groove éclate dans chaque morceau, la complicité de Dickey Betts et de Warren Haynes, deux monstres de la guitare, qui mettent leur virtuosité et leur feeling au service de la musique, la voix et l’orgue de Gregg Allman, deux atouts majeurs,

le beau travail d’Allan Woody à la basse, qui assure sans jamais faillir, sans oublier bien sur le petit dernier aux percussions Marc Quiñones qui bosse comme un chef. Alors oui, le disque est bon, sans être parfait. Il est traversé de belles fulgurances, et reste dans la moyenne haute des albums du Allman Brothers Band. 1994, année particulière pour le groupe qui voit la naissance d’un frère « Gov’t Mule ».

L’année suivante un album live voit je jour, seconde partie d’un diptyque dont le premier est sorti en 1992 « An Evening With the Allman Brothers Band: First Set » et   « An Evening With the Allman Brothers Band: Second Set »deux fabuleux albums dont je vous parlerais dans quelques temps, mais ça, c’est encore une autre histoire…

 

 

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