THE ALLMAN BROTHERS BAND : « HITTIN’ THE NOTE ». 2003

Les changements de personnels, The Allman Brothers Band, y est habitué. Tout au long de la carrière du groupe (n’oublions pas que le premier album du groupe voit le jour en 1969), les sorties et les entrées, ont été monnaie courante. Octobre 1971 voit la mort de Duane Allman, victime d’un accident de moto, novembre 1972, celle du bassiste Berry Oakley. L’arrivée de Warren Haynes et d’Allan Woody en 1989, remet le groupe sur les rails du succès, mais en 1994, ils quittent Allman pour fonder Gov’t Mule. Jack Pearson prend la place de Warren, et Oteil Burbridge celle d’Allan Woody. En 1999, c’est Derek Trucks (le neveu du batteur du groupe Butch Trucks) qui prend la place de Pearson. En 2000, pour des raisons connues seulement de Gregg Allman, (on parle de drogues, mais vue la consommation de Gregg, cela semble improbable, on parle également de divergences musicales), Dickey Betts, membre fondateur du groupe est viré manu militari, après plus de trente et un ans de bons et vaillants services. Du coup Gregg demande à Warren de revenir dans le groupe, sans pour autant lâcher son propre groupe Gov’t Mule.

Le départ de Dickey Betts a été très mal vécu par les vieux fans de l’Allman, il était tout de même un des piliers du groupe, sans oublier le nombre de morceaux qu’il a composés, et qui sont devenus de grands classiques, à commencer par l’incontournable et grandissime « In Memory Of Elizabeth Reed » composé pour le second album d’Allman « Idlewild South »(1970), pour n’en citer qu’un, car il y en a beaucoup d’autres. Mais c’est surtout le retour de Warren Haynes qui met du baume au cœur du public. Il a déjà sauvé le groupe une fois, il n’y a aucune raison pour que ce soit différent cette fois ci. Entre Derek Trucks à la slide, et Warren Haynes qui peut absolument tout faire, Allman tient là une équipe gagnante, superbement accompagné par un bassiste puissant et équilibré, un super duo de batteurs, alliant force, mouvance et fluidité, complété d’un percussionniste nerveux et efficace.

Quant à Gregg, le temps qui passe bonifie le timbre de sa voix, qui n’a jamais été aussi belle. Le groupe a donc toutes les cartes en main, et tout le monde l’attend de pied ferme. Malgré le départ de Betts, le groupe sort en 2000, un double album, enregistré au Beacon Theatre de New York, où durant treize soirs, Allman s’était produit : « Peakin’ At The Beacon », super disque au demeurant, dans lequel on peut entendre Derek et Dickey aux guitares. Et c’est finalement en 2003, que le groupe sort son nouvel album, dont la plupart des morceaux sont composés par Warren et Gregg. Son nom « Hittin’ The Note », il est produit par Michael Barbiero et Warren Haynes, qui prend le groupe en main. À sa sortie, l’album est salué par les critiques, comme étant le meilleur album du groupe depuis plus de dix ans, le public ne s’y trompe pas, l’album se vend bien, c’est un très grand succès.

Enfin, à la grande joie de tous, l’Allman Brothers Band s’était enfin retrouvé. En 2003, l’Allman obtient une nomination aux Grammy Award, pour la Meilleur Performance Instrumentale avec le morceau « Instrumental Illness », ce qui, quand on connait le groupe, et la qualité de chaque musicien n’est guère étonnant, entre Warren Haynes, Derek Trucks, pour les guitares, et tous les autres membres d’Allman, on joue quand même dans la cour des grands, pour ne pas dire des très grands… La même année, c’est le magazine « Rolling Stone » qui pour son numéro spécial consacré aux 100 meilleurs guitaristes de tous les temps, classe à différentes places, tous les guitaristes du groupe, Duane Allman, Dickey Betts, Warren Haynes et Derek Trucks, qui se trouve être le plus jeune musicien du classement.

Premier nouvel album depuis 1994, « Hittin’ The Note » contient onze titres, tous co-écrit par Warren Haynes, à l’exception d’une reprise des Rolling Stones « Heart Of Stone » et de Freddie King. Une fois de plus, le phœnix renait de ses cendres. Jamais Gregg Allman n’a si bien chanté, sa voix est belle, forte, puissante, avec un vibrato de torrent qui rugit, et ce qu’il faut de rauque pour lui donner la couleur d’un vieux Bourbon. C’est comme si le groupe avait subit une cure de jeunesse, et une transplantation cardiaque. Dès le premier morceau « Firing Line » la couleur est donnée, un Blues Rock Funkysant, digne des deux grandes époques, 1970/71 et 1990/91. Les deux batteries sont toujours aussi fluides

et mouvantes, renforcées par des percussions qui se fondent parfaitement dans le paysage musical. Quant aux deux guitares, elles se complètent comme si elles avaient toujours jouées de concert.

« High Cost Of Low Living » un Blues Rock au tempo assez lent, s’illumine dès le premier chorus de Warren,

dans le plus pur style AllmanDerek prend le second chorus, rejoint à l’unisson par Warren, pour un joli moment à la Wishbone Ash. Le troisième morceau est la pièce majeure du disque, « Desdemonia », plus de neuf minutes de Blues, chanté avec les tripes par Gregg, superbement écrit, il me donne la chair de poule. Après un roulement de caisse claire, le rythme s’accélère et Derek Trucks prend son solo à la slide, magnifique, tout en finesse et en feeling.

Warren Haynes prend le second chorus, habillé d’une coloration plus Jazzy, mais tout aussi habité que celui de son acolyte, toujours soutenu par un orgue présent mais discret. Le tempo revient à celui du début, juste à la fin du chorus de Warren, pour un final d’enfer. Oui l’Allman est redevenu un géant, entrainant tout sur son passage, et contrairement à ce qu’a pu dire Baudelaire « Ses ailes de géant ne l’empêchent pas de marcher »… Bien au contraire. À l’écoute du début de cet album, on sent bien que le groupe a laissé loin derrière lui, tous les problèmes qui le minaient, et entravaient sa bonne marche.

« Woman Across The River » de Freddie King, superbe mid tempo, chanté par Haynes, chaloupé, syncopé comme Allman sait si bien le faire. L’orgue tisse en douceur une trame sur laquelle viennent s’accrocher

les deux guitares, d’abord celle de Warren, puis pour un second chorus, celle de Derek, avant que les deux se mettent à dialoguer, pour un final bien hot. « Old Before My Time » débute en guitares acoustiques, soutenu par la voix vibrante de Gregg,

avant l’arrivé tranquille du groupe pour ce morceau aux beaux accents country Rock, mélancolique, tendre, traversé par la slide de Derek, tout en retenue, presque trop discrète. Chouette chanson. « Who To Believe » encore un titre dans le pur style Allman, Blues Rock mouvant, chaloupé, tout en souplesse. Une première guitare vient nous raconter son histoire,

en douceur, sous l’accompagnement si personnel et particulier des deux batteurs. Warren prend le second chorus, son histoire est bien différente, plus ciselée, plus nerveuse également.

« Maydell » fait résonner une wah-wah, j’aime ça, j’ai toujours adoré le son de cette pédale, la façon dont elle fait parler les cordes.

La slide n’est pas en reste, et chante elle aussi. Les guitares sont en verve sur ce morceau. « Rockin’ Horse » titre de Gov’t Mule, gagne en ampleur, joué ici avec deux ‘lead’ guitares il prend de nouvelles couleurs .

Le groove de batteries typique Allman apporte aussi quelque chose de différent. Deux chorus de six cordes illuminent la chanson comme jamais, deux musiciens exceptionnels, deux styles, au service de la musique. « Heart Of Stone » le morceau des Rolling Stones, s’habille en Blues,

superbement chanté par un Gregg habité. Warren caresse sa guitare pour un petit solo, tendre et doux, celui de Derek à la slide semble prier le ciel et implorer quelque Dieu invisible. « Instrumental Illness » est avec ses douze minutes dix sept, le plus long morceau du disque, et celui qui a rapporté au groupe le Grammy Award de la Meilleure Performance Instrumentale.

Il débute comme un titre de Jazz, basse et batteries en avant. La première échappée en solitaire, est celle de Gregg et de son orgue, Derek attaque le premier chorus, triturant ses cordes comme un forcené, la slide en avant. Quelques breaks apportent une meilleure respiration au titre, et permet quelques dialogues entre divers instruments.

Warren entre ensuite en lice, avec un chorus à la connotation plus Jazz, piaillant à tire d’ailes, comme pour mieux prendre son envol. Son solo est terrifiant de classe et de feeling. On sent que c’est vraiment lui le patron, lui qui donne sa force au groupe, sa vitalité, son énergie, son envie de jouer. Après une fausse fin, le morceau approche de son terme, les deux batteurs envoient la sauce sans faille, la basse gronde et tonne, comme des coups de tonnerre dans la nuit. Et déjà le titre se termine. C’est indéniablement la nouvelle carte de visite de l’Allman, et le morceau qui va le plus être attendu en concert, et ça se comprend tout à fait.

« Old Friend » est un Blues acoustique, dans lequel se parlent les deux guitares, elles se répondent, s’accordent, sous la voix rauque de Warren Haynes. Deux guitares acoustiques pour terminer un album

dans lequel elles ont été les vedettes principales, traversant les morceaux en les illuminant de mille feux. Alors, est-ce un album parfait, je pense que oui. Je dirais même que c’est un chef d’œuvre. Il n’y a rien à jeter dans ce « Hittin’ The Note », tout y est à sa bonne place, et personne ne s’y trompe puisque critiques et public plébiscitent l’album, qui permet aux tournées qui suivent de remplir des stades, de déplacer les foules. The Allman Brothers Band resplendit de nouveau, d’une lumière éclatante, éblouissante. En janvier 2014, Warren Haynes et Derek Trucks annoncent dans la presse leur désir de continuer leur propre chemin avec leur groupe respectif, Gov’t Mule et le Derek Trucks Band, et donc leur départ du Allman Brothers à la fin de l’année, au grand désespoir de tous les fans du monde entier.

Allman Brothers avait donné son premier concert le 26 mars 1969, ils donnèrent le dernier le 28 octobre 2014 au Bacon Theater de New York dans une salle archibondée. Le 24 janvier 2017, Butch Trucks, batteur du groupe décède à l’âge de soixante neuf ans, quatre mois plus tard, le 27 mai, Gregg Allman meure chez lui à Savannah,

il avait soixante neuf ans. Une page importante de l’histoire de la Musique, vient de se tourner, rien ne sera plus comme avant… « Hittin’ The Note » est le dernier album studio de l’Allman Brothers Band.

 

 

 

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