GOV’T MULE : « LIFE BEFORE INSANITY ». 2000

« Life Before Insanity » est le cinquième album de Gov’t Mule, le troisième en studio. Il sort le 15 février 2000 chez Capricorn Records. Comme les albums précédents, il est enregistré et produit par Michael Barbiero, qui pour le fun apparait dans un morceau, « Far Away« , et joue du glockenspiel. Chronologiquement, ce nouvel album studio est disponible chez tous les disquaires, une année après le fantastique quadruple « Live… With A Little Help From Our Friends ». Album live d’anthologie, aux multiples invités. Il démontre d’une manière magistrale, le formidable potentiel du groupe, capable de tout jouer, du Hard, du Blues, du Rock, du Jazz, du R’n’B, du Reggae, qui n’a aucun frein quand il s’agit de faire de la musique. Ce quadruple live est à ranger aux côtés des grands anciens tel le « Fillmore East » de l’ Allman Brothers Band, peut être l’un des dix plus grand Live de l’Histoire.

« Life Before Insanity » vient juste après ce déchaînement musical débridé, orgiaque et incandescent. Le groupe revient à sa formule de base de trois musiciens, mais en invitant quelques amis à la fête, Ben Harper, John Neel (ancien claviers de Allman), et Hook Herrera. Encore une fois, l’album surprend par sa qualité d’écriture, tant musicale que par les thèmes abordés. Il ne sert à rien de vanter la technique et le feeling du trio, elle transparait dans chaque morceau, dans chaque album. « L B I » et un disque léché, aux compositions hyper soignées, peut être un peu plus Rock, moins Jazzy que sur les albums précédents. Encore de beaux contrastes entre les morceaux, et des perles. Certains titres ont déjà été rodé sur scène durant plus d’un an, et sont connus, et appréciés des fans. C’est le cas du morceau qui ouvre l’album, le fantastique « Wandering Child » hypnotique, obsédant, avec sa basse qui roule, sa batterie qui danse, sa guitare incisive et tranchante, qui débute souvent les concerts.

Rock puissant, dynamique, bien dans l’esprit du Mule,

il conserve un côté chaloupé, souvent présent dans les chansons du groupe. Chant et guitare se rejoignent, se mêle,  comme une carte de visite de Mule. « Life Before Insanity » gros son, superbe titre, beau, mélancolique. Plein de surprises cachées dans ses tiroirs. Il commence telle une balade, petite mandoline, d’un côté des enceintes, alors que la tempête semble se rapprocher. Rock mid tempo, il se déverse comme un miel, épais,

compact, avec lenteur, en prenant son temps. Un riff de guitare vient relancer la machine, dans une parfaite construction. Force, puissance, délicatesse, mélancolie.

« Bad Little Doggie » premier single de l’album, voit la présence de Hook Herrera à l’harmonica. On se retrouve un peu sur les terres du ZZ Top, au Texas avec une chanson que n’aurait pas renié les trois barbus.

Un riff entêtant, efficace, bien Blues Rock, de ceux qui font bouger, avec un super harmonica de Hook Herrera. Il n’a hélas qu’un seul défaut : Il est beaucoup trop court, trois minutes quarante neuf, autrement il est parfait. Chaque musico est impérial. « Lay Your Burden Down » et son invité de marque, Ben Harper aux vocaux et à steele guitare. L’ambiance est par instant un peu reggae, mais surtout Rock, on s’éloigne légèrement de l’atmosphère mélancolique et pesante qui recouvre cet album,

une wah- wah vient nous chatouiller les oreilles et les papilles. C’est bien agréable.

« Fallen Down » possède une jolie construction, un début  presque Jazzy-Soul, un tempo slow, et des accélérations durant le refrain.

Ça tranche avec le reste de l’album, décidément le Mule sait parfaitement nous surprendre, avec des compositions toutes différentes les unes des autres. Magnifique chorus de guitare, expressif, sentimental, tendre, soutenu par l’orgue de Johnny Neel. Beau morceau. « World Gone Wild », toujours Johnny Neel à l’orgue, dans ce Rock mid tempo, extra terrestre, gras et lourd, où la guitare tranchante et brutale transperce la

mélodie, avant d’être frappé de plein fouet par la batterie mitraillette de Matt Abts. Un riff de guitare à la Led Zeppelin vient relancer la machine, dans une parfaite construction. Force, puissance, délicatesse, mélancolie. « Tastes Like Wine » ne me demandez pas pourquoi, est un de mes morceaux préférés, tous disques confondus. Il m’a toujours retourner la tête. Je l’adore. Cette balade sensible et délicate, mi acoustique, mi électrique est purement splendide, et comble toutes mes attentes .

Tout est beau, la guitare, la sensibilité de la voix de Warren qui prend des intonations d’écorché vif, tout, tend à donner la chair de poule.

Sept minutes d’une vision de paradis, de moments électriques, Rocks et puissants, aux passages intimistes et tendres, bercés des accords d’une guitare acoustique qui se lamente. Une pure merveilles je vous dis. Durant le concert donné par le groupe à Paris, au Bataclan le 26 juin 2010, j’ai eu droit à une version de plus de dix minutes. J’ai été gâté… « I Think You Know What I Mean » est un super Southern Rock dans la pure tradition, Hook Herrera revient à l’harmonica, dans ce titre à la musicalité

flamboyante, chaloupé, rythmé, dansant, entraînant. Un vrai morceau à la Gov’t Mule. « Far Away » c’est le soleil qui tape dans le désert, et qui chauffe toute l’atmosphère, on transpire à ne rien faire.

Cette balade se promène doucement, avant de monter en tempo, pour mieux redescendre.

Ce changement de rythme est tout le charme, l’intérêt et la surprise de cette chanson, aux interventions incisives de la guitare. « No Need To Suffer » introduit par la batterie de Matt et la basse ronde d’Allan, est un tempo lent, travaillé tout en finesse et délicatesse, non sans omettre par instants

une certaine lourdeur toute ‘Mulienne’. Les lignes de basse sont superbes, et Allan nous gratifie d’un chorus à la Entwistle, avant l’entré de Warren pour un chorus de guitare à en faire pâlir plus d’un. Derrière Matt mitraille l’ensemble, jusqu’au climax, où tout ce calme à nouveau. Un beau morceau à tiroirs, bien équilibré, magnifiquement joué, une belle pièce de virtuosité et de feeling. « In My Life » est le dernier titre de l’album,

enfin officiellement car ce morceau est crédité d’une durée de presque treize minutes. Quelques secondes après sa fin, apparaît un bonus. « In My Life » est une balade totalement acoustique, le calme après la tempête soulevée par ce splendide album, qui ne contient que de très belles choses,

et qui marque, il faut bien le dire, un retour au Rock, et au Southern Rock de Gov’t Mule, un album plus carré, qui va rameuter les fans de Rock Sudiste purs et durs, qui attendaient un retour vers les bases fondamentales de ce type de musique. Les autres adoreront cet album, si riche, si vénéneux, si intense, rempli jusqu’à la gorge de morceaux de bravoure, à l’intensité exacerbée, portés par trois musiciens exceptionnels, en pleine possession de leur art, et dont les albums semblent suivre une courbe ascensionnelle, que rien ne semble pouvoir arrêtée.

Et ce fameux morceau bonus me direz-vous, et bien il s’agit de « If I Had Possession Over Judgement Day », un titre de Robert Johnson, un bon vieux Blues qui sent bon le delta du Mississippi, le bottleneck, et la poussière, Warren Haynes et ses potes s’en donnent à cœur joie, la voix est trafiquée, ce qui donne un côté plus ‘roots’ au morceau.

On termine en beauté et surtout en gaité, car ce titre irradie de joie et de bonheur. On tape dans ses mains, on tape du pied sur le sol, on remue sa tête au rythme de la musique, on fait la fête et on boit un coup de gnôle… Donc comme je vous le disais plus haut, au début de l’article, l’album sort le 15 février 2000, et cette tristesse, cette mélancolie qui accompagne les albums de Gov’t Mule depuis le début, trouve son épilogue le 26 août 2000, quand Allan Woody est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel,

suite à une overdose d’héroïne. Le premier sentiment de Warren et de Matt est de dissoudre le groupe, mais en mémoire d’Allan, ils décident de continuer, et de lui rendre l’ hommage qu’il mérite. Mais ça, c’est déjà une autre histoire, que je vous raconterais une autre fois…

 

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