GOV’T MULE : « THE DEEP END » VOLUME 1. [2001]

Bien avant Gov’t Mule, de très nombreux groupes ont eu à faire face à ce genre de drame, perdre un de ses membres fondateurs. À ce stade, la question qui se pose est alors toute simple, va-t’on continuer le groupe, ou l’arrêtons-nous? The Allman Brothers Band, à la mort de Duane Allman, Lynyrd Skynyrd suite au décès de son chanteur Ronnie Van Zant, The Who à la mort de leur batteur Keith Moon, se sont retrouvés face à ce dilemme. Doit-on continuer ou doit-on s’arrêter? Tous ont eu la même réponse, on continue. Arrêter ne fait pas revenir le disparu, continuer est le meilleur moyen de faire vivre sa mémoire, et de lui rendre hommage. Dans les semaines qui suivent le drame, alors que Warren et Matt sont en plein questionnement,

Warren reçoit de très nombreux coup de téléphone d’amis musiciens qui ont vécu un drame similaire. Gregg Allman entre autre. Et chacun lui raconte comment il a réagit, prit la bonne décision, et réussi à surmonter cet horrible drame. Pour Gov’t Mule, composé seulement trois entités, le coup est encore plus dur, car chaque composant est fondamental. Avant de prendre une décision définitive, Warren et Matt ont une idée en tête pour rendre un hommage sincère et fraternel à Allan Woody. Organiser un concert, dont l’intégralité des fonds récoltés, irait à la veuve, et à la fille d’Allan Woody. De très nombreux groupes et musiciens de tous bords participent à cet évènement, dont The Allman Brothers Band, The Black Crowes, et Phil Lesh & Friends  (l’ancien bassiste du Grateful Dead) et son nouveau groupe. Pour l’occasion, Warren et Matt font appel au bassiste du jam band Widespread Panic, Dave Schools, et au claviériste Chuck Leavell afin de compléter le groupe. Les morceaux live tous inédits, du disque bonus, sont extraits de ce concert.

S’investissant toujours autant dans le travail, et pour ne pas trop penser, Warren devient le guitariste de Phil Lesh & Friends, et en mars 2001, il annonce officiellement son grand retour au sein des Allman Brothers, suite à l’éviction de Dickey Betts l’année précédente, éviction dont la vraie raison sera à jamais inconnue. Il rejoint Derek Trucks à la guitare. Inutile de dire que les fans sont aux anges. Car Allman n’était plus au top de sa forme, et n’avait plus rien sorti, depuis 1994, suite au départ d’un de ses guitariste, un certain Warren Haynes… Mais ni Warren, ni Matt n’ont oublié leur idée commune pour rendre un réel hommage à Allan Woody.

Un album original, où, dans chaque morceau, un bassiste différent viendrait jouer. Et pas n’importe quel bassiste, mais les préférés d’Allan, ceux qui le faisait vibrer. Chaque morceau serait composé dans un style, dans un esprit proche de celui du bassiste invité. Et on voit ainsi défiler dans le studio d’enregistrement, un théâtre new yorkais investi et transformé par Warren et Matt, parmi les plus grands bassistes de la scène musicale. Au vue du matériel enregistré, il est décidé que deux albums seront réalisés, un premier sortira en 2001 sous le titre : « The Deep End. Volume 1 ». Outre les bassistes comme fil conducteur, de nombreux invités, tous plus ou moins issus de la ‘Famille’ de Gov’t Mule sont présents sur le disque. Gregg Allman, Chuck Leavell, Danny Louis, Derek Trucks, John Scofield.

Malgré toutes ces obligations pour composer des titres dans l’esprit de chaque bassiste, Warren réussi l’exploit d’écrire des morceaux d’une totale cohérence musicale. Tout se tient, et fonctionne parfaitement. Avec cet album, un cd bonus avec quatre titres inédits, enregistrés live avec sur certains des invités. Se succèdent à la basse Jack Bruce: Cream, John Entwistle: The Who, Bootsy Collins : James Brown, Funkadelic, Oteil Burbridge : Allman Brothers, Roger Glover : Deep Purple, Flea : Red Hot Chily Pepper, Mike Gordon : Phish, Larry Graham : Sly & The Family Stone, Stefan Lessard : Dave Matthews Band, Mike Watt : Firehose, Stooges, Willie Weeks : Eric Clapton, Doobie Brothers, Chris Wood : John Scofield, Wood Brothers. Que du beau monde. Il est à noter que le dernier titre de l’album « Sin’s A Good Man’s Brother » permet de réentendre le regretté Allan Woody. L’album s’ouvre sur « Fool’s Moon », un Rock souple qui sent bon les sixties et les seventies, avec la basse impériale de Jack Bruce.

Une wah-wah diabolique vient nous chatouiller agréablement les oreilles, et nous offre un chorus bien senti.

Un morceau dont n’a pas à rougir le groupe. Bruce vient donner un coup de main à Warren pour les vocaux, et c’est toujours un plaisir de l’entendre chanter. Celà fait quelques années qu’il nous a quitté, mais il reste vivant grâce à la musique. Ça, c’est magique. « Life On The Outside » possède un joyeux côté Soul et Funk, normal puisque c’est

Larry Graham qui tient la basse. Ça danse, ça swingue, ça remue.

On croirait entendre du Sly tellement c’est bien composé. Avec, je pense une petite pointe de Band Of Gypsys. Un vrai morceau ensoleillé, enlevé, qui donne une banane d’enfer. « Banks Of The Deep End » c’est Mike Gordon qui s’y colle,

Rock tempo slow,

 aux accents reggae, il dégage une bonhomie certaine, une joie de vivre, de respirer. Un morceau sympathique, bien dans sa peau, et qui fait du bien. « Down And Out In New York City » est une reprise de James Brown, Flea est à la basse, dans ce titre très chaloupé, à l’image de

New York, urbain, fun, vibrant, melting pot de différents styles, Rock,

Funk, Soul et Jazz. Un morceau plus qu’intéressant, aux cuivres chantants et swinguants. « Effigy » ou le retour à un Blues Rock plus traditionnel, Mike Watt tient la basse, dans cette reprise de John Fogerty, le plus long morceau de l’album avec plus de neuf minutes.

La guitare de Warren Haynes nous offre un feu d’artifices d’émotion, de guirlandes multicolores, s’envolant vers les étoiles.

Ses différents chorus sont magnifiques. Au bout de cinq minutes, le tempo s’accélère, avant de revenir à un tempo moyen, qui ira crescendo jusqu’à la fin du titre. Encore un chouette morceau. « Maybe I’m A Leo » est une reprise de Deep Purple, figurant sur l’album Machine Head. Et c’est bien sur le bassiste de Purple qui y tient la basse,

Roger Glover. La version est proche de l’original,

mais bien plus américaine, l’orgue est omniprésent mais d’une manière différente par rapport à Jon Lord. La guitare de Warren nous entraine dans un chorus complètement différent de celui de Blackmore, fort heureusement. Une belle revisite d’un classique du Rock. « Same Price » permet à John Entwistle de démontrer une fois de plus, qu’il

était un des plus grands bassistes de l’histoire du Rock.

Le titre composé par Warren, est bien dans l’esprit de l’écriture de Pete Townshend. Encore un grand bravo. « Soulshine » avec Little Milton, Chuck Leavell et Willie Weeks à la basse,

pour ce morceau composé par Warren Haynes pour l’Allman Brothers Band, et qu’il a également mis au répertoire de Gov’t Mule.

La version est cool, douce et la voix extraordinaire de Little Milton, lui amène un toucher de velours. Superbe guitare de Warren. Belle coloration et nouvel habillage pour ce titre devenu un classique. Matt Abts fait tout au long du disque un travail phénoménal, pour coller au plus près avec les différents styles musicaux abordés, faisant preuve d’une facilité déconcertante, et d’une technique imparable. « Sco-Mule » et la présence toute Jazzy de John Scofield,

accompagné de Chris Wood à la basse. Ici, on est plus dans univers Jazz-Rock,

virtuose, frénétique. Mais sans la froideur qui accompagne souvent ce type de musique. Ça joue très bien, c’est fun, c’est vivant et très chantant. Tout ce que l’on peut attendre d’un morceau fusion, Jazz-Rock. « Worried Down With The Blues » voit la réunion d’un Allman Brothers en petit comité. Gregg Allman à l’orgue vient prêter main forte à Warren aux vocaux,

Oteil Burbridge à la basse et Derek Trucks à la guitare. Un Allman Orchestre de chambre en quelque sorte.

C’est Derek qui prend le premier chorus à la slide, Warren prend le second. Ça fait du bien, et ça fait plaisir de réentendre ces musiciens jouer ensemble, l’alchimie entre eux est telle qu’il se passe quelque chose de magique et de rare lorsqu’ils sont tous réunis. Ce morceau est une pure merveille. « Beautifully Broken » avec

Stefan Lessard à la basse,

est une splendide balade, très souvent jouée en concert par Gov’t Mule. La guitare se fait calme, douce, sensuelle et langoureuse. « Tear Me Down », Bernie Worrell aux claviers, Bootsy Collins à la basse, ça ne peut que groover. Funk à tous les étages.

‘Move your body’, dans ce Funk extra terrestre tout juste sorti d’une soucoupe volante.

Funk de l’An 2000, avec les gros slaps de Bootsy. Difficile de rester immobile en écoutant cette chanson. La guitare se fait rythmique et soliste à la fois, deux pour le prix d’une. Un morceau d’une autre planète. « Sin’s A Good Man’s Brother », reprise de Grand Funk Railroad, est un bon gros Rock, faisant partie des sessions

de « Life Before Insanity ». Ponctué régulièrement de violents coups de batterie de Matt Abts, la basse ronde, et lourde d’Allan Woody se promène tout au long de ce dernier titre,

poussant la guitare dans ses derniers retranchements. C’est bien d’avoir mis en dernière place de l’album, un morceau inédit avec Allan Woody. Parlons maintenant de ce cd bonus de quatre titres live, dans des versions inédites. Il a été enregistré durant le concert donné par Warren et Matt, après le décès d’Allan, pour récolter des fonds pour sa femme et sa fille. Le premier est « Blind Man In The Dark », avec en plus des deux membres du groupe, Dave Schools à la basse et Chuck Leavell aux claviers. La version donnée ce soir là est magnifique. L’intro est toujours aussi forte, même si le son de la basse est moins impressionnant que celle de l’album « Dose », la version n’en demeure pas moins très belle, l’orgue habille parfaitement la chanson, la batterie de Matt est volubile juste comme il le faut, quant à la guitare, elle est évidement magnifique tout du long, il suffit d’écouter la réaction du public à la fin, pour comprendre combien il est ravi. « Fallen Down » tiré de « Life Before Insanity » est une belle balade, et l’ajout des claviers apporte une couleur qui lui va très bien, et ouvre de nouvelles perspectives au groupe, enregistré durant le même concert, la guitare donne la chair de poule, grâce à un chorus sensible et beau. Sans oublier la voix de Warren, vraiment belle et profonde. L’orgue donne le même relief que sur l’album, mais différemment, Chuck Leavell n’est pas Johnny Neel, et apporte sa propre couleur au morceau. Une couleur plus Jazzy, plus libre, et ça lui va très bien. « Jesus Just Left Chicago » du ZZ Top, voit l’arrivé de Mike Gordon à la basse, et de Paige McConnell aux claviers, ce qui permet d’avoir pour le morceau un piano et un orgue. Après une intro où clavier et piano dialoguent, le thème Blues Rock bien connu se fait entendre, au grand plaisir du public présent ce soir là. Cette chanson est un classique de ZZ Top et du Blues Rock. Warren donne un chorus court avant d’être rejoint par le piano, et de nouveau la guitare qui s’amuse justement à dialoguer avec le piano. La basse chantonne plutôt gaiement, et amène le morceau à son épilogue. « Soulshine «  est acoustique et seul Warren Haynes est présent pour ce morceau. Il date d’un concert du 26 juin 1997 à Clinton dans le New Jersey. Ce disque est dédié à Allan Woody, et les bassistes qui y ont participé sont ceux qu’il aimait et admirait. Il aurait été heureux de voir tous ces grands musiciens partager leur amour de la musique en son honneur.

Allan Woody s’en est allé à quarante quatre ans, pour chercher peut être un ailleurs meilleur, mais il a laissé derrière lui un testament musical éternel, qui fait de lui un « Immortel ».

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