GEORGES FRANJU : « LES YEUX SANS VISAGE » 1960

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Plus de quinze années ont passé depuis que je vous ai parlé la toute première fois,  « DES YEUX SANS VISAGE » . Ayant revu le film il y a quelques jours, et étant encore une fois tombé sous le charme vénéneux de ce chef d’œuvre de GEORGES FRANJU, je n’ai pu résister au plaisir de  me repencher dessus, après tant d’années.

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De très nombreuses personnes, surtout chez les jeunes, imaginent que le cinéma fantastique est une exclusivité américaine, anglaise ou italienne. La France faisant parti des pays trop cartésiens pour se risquer à un genre aussi imaginatif. Ces même personnes ont applaudi à la sortie de films comme

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« Les Rivières Pourpres », « Vidocq », « Le Pacte Des Loups », « Six-Pack », le ridicule « Promenons-Nous Dans Les Bois » ou le loupé « Belphégor » , en se disant enfin un peu de fantastique, de thrillers horrifiques, réalisés par des français. Cocorico !!!

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Et encore c’était il y a une quinzaine d’années, depuis, on a eu quelques perles, et naturellement des ratés, l’un n’allant rarement sans l’autre  « La Horde » , « Djinns » « Ils »,  « Captifs »,  « Haute Tension » , « Mutants » etc, etc….

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Mais la France se fut également « Le Grand Guignol« , des pièces de théatres d’horreur, gores avant l’heure, où têtes coupées, membres arrachés, et giclées de sang s’enchainaient sans discontinuer…

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Le cinéma fantastique français existe depuis très longtemps, et à donner au cinéma avec un grand C, ses lettres de noblesse, et oui, il n’est pas né dans les années 90, issu d’une génération spontanée. N’oublions pas cette perle rare, ce moment de pure magie qu’est « La Belle Et La Bête » de Cocteau,

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très peu de film fantastique peuvent se targuer de tant de beauté et de poésie. Et le film date de 1945. Si un film est bien l’ancêtre des productions de loups-garous, c’est bien celui-ci !!!  Puis « Les Diaboliques«  d’Henri-Georges Clouzot, entre thriller et épouvante… Je ne vais pas vous citer tous les films fantastiques français, mais sachez qu’il y en eut d’excellent.

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En 1959, Georges Franju réalise un film qui reste dans la mémoire de tous les spectateurs qui eurent le bonheur de le voir, un film immense, gothique, à la photographie en noir et blanc sublime, en un mot un Chef-d’Oeuvre, oui on peut le dire, « LES YEUX SANS VISAGE« . Franju pourtant se destine d’abord à la décoration, mais sa rencontre avec Henri Langlois est déterminante.

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1935, les deux hommes fondent Le Cercle Du Cinéma, et en 1937 avec Langlois et Jean Mitry, il crée La Cinémathèque Française, premier organisme au monde à préserver les films, et à les archiver. Franju se spécialise dans le court métrage, et en 1948 avec « Le Sang Des Bêtes« , sa renommé explose et dépasse les frontières françaises, il est reconnu même aux Etats-Unis comme l’un des plus importants réalisateurs de court métrage du monde…

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Franju a réussi à faire sortir le cinéma français d’une somnolence traditionnelle. Avec lui nous sommes aux frontières du réel et de l’imaginaire, et la frontière est bien mince… Jean Cocteau dira de lui « … Franju est un réalisateur hors du commun… » Georges Franju est attiré par l’insolite et le fantastique,

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pour lui son film « LES YEUX SANS VISAGE » est un film d’épouvante. Il est d’ailleurs à sa sortie interdit au moins de seize ans. « … Il suffit d’un peu d’imagination pour que notre quotidien engendre un peu de fantastique… » dira-t-il.

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Son film est parfaitement maîtrisé, aucun excès de quelle sorte que ce soit, le lyrisme, ou la cruauté sèche et dure ne viennent entacher une narration classique et soutenue. Chez Franju, le fantastique est net, clair, sans artifice. La chose la plus horrible est dépeinte de manière sèche, chirurgicale, extérieure, totalement neutre.

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Franju ouvre les portes du rêve, et atteint une dimension surnaturelle, comme Cocteau l’a fait pour « La Belle Et La Bête« . Au départ, un roman de Jean Redon parût aux éditions Fleuve Noir Angoisse,

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Georges Franju demande à Boileau &Narcejac, Jean Redon et à Claude Sautet d’en assurer l’adaptation. Sautet est également le premier assistant réalisateur.

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« Le professeur Genessier, gloire de la chirurgie,

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est obsédé par le visage de sa fille Christiane, rendue méconnaissable à la suite d’un accident de voiture. Seuls les yeux de la jeune fille restent intacts ; les traits sont horriblement défigurés.

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Genessier endosse la responsabilité de l’accident et ne pense qu’à remodeler chirurgicalement la figure de Christiane. Il faut pour cela trouver des jeunes filles rappelant la malade, s’en emparer

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et, par des greffes, redonner vie aux chairs mortes de sa fille. Son assistante Louise, qu’il a sauvée autrefois et qui est devenue son âme damnée, lui sert d’appât. Mais les tentatives sont décevantes »

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On pourrait voir dans « LES YEUX SANS VISAGE« , une nouvelle adaptation du Prométhé moderne, de Frankenstein, du savant fou qui s’évertue contre vents et marées à arriver à son but ultime, redonner une vie normale à sa fille, afin qu’elle ne se promène plus en se cachant dans les couloirs d’une maison-chateau, comme un spectre tout vêtu de blanc aux reflets argentés, le visage recouvert d’un masque,

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inexpressif, triste et blanc, où seule une découpe permet de voir les yeux, le regard d’un être blessé ne demandant qu’à mourir.  Une maison où tous les miroirs sont recouverts de peinture noire, pour ne plus rien refléter… Genessier, aveuglé par l’amour qu’il porte à sa fille, n’est plus de notre monde, il a atteint un niveau différent où bien et mal n’ont pas de frontières. Il fait le mal pour apporter le bien…L’étrange et la peur naissent du quotidien, du naturel.

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La réalisation aux accents d’une symphonie de douceur féerique et d’épouvante mêlées, nous entraine dans un tourbillon de visages, beaux et fins, ou bandelé comme une momie, ou bien recouvert d’un masque de porcelaine blanc, comme un Pierrot lunaire défiguré, brulé par la chute d’une étoile qu’il aurait trop longuement observé, et qui aurait mangé son visage, afin que ce soit son ultime souvenir… Alchimiste minutieux, FRANJU a façonné son film comme une sculpture, créant ombres et reliefs.

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Oui, « LES YEUX SANS VISAGE » reste aujourd’hui cinquante quatre ans après sa réalisation, un diamant noir, merveilleux et empoisonné,  éclairant le cinéma de ses fulgurances sombres et éclatantes. Celà s’appelle un Chef-d’Oeuvre….. Et ça ne vieillit jamais.

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