JOHN COLTRANE : « MY FAVORITE THINGS » 1960

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1960 est une date importante pour JOHN COLTRANE, pour l’histoire du Jazz et de la Musique en générale … En Avril COLTRANE décide de mettre sur pied une formation avec laquelle il allait jouer toute sa vie durant, à quelques exceptions près, le JOHN COLTRANE QUARTET Ce n’est pas encore le Quartet classique tel que nous le connaissons, mais y figurent déjà McCOY TYNER au piano,

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ELVIN JONES à la batterie.

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La basse est tenue par STEVE DAVIS.

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 COLTRANE en 1960 est près à démarrer une carrière solo, depuis un an Sonny Rollins se tait, ne se produisant plus en public. Le moment est venu. TRANE souhaite McCOY comme pianiste, mais celui-ci a encore des engagements, aussi son choix se porte sur un jeune diplomé d’Harvard, âgé de 22 ans, jouant dans l’orchestre de Kenny Dorham, Steve Kuhn.

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En ce qui concerne le bassiste, il a déjà choisi STEVE DAVIS, avec qui il avait eu l’occasion de travailler auparavant. Pour le batteur, il a pensé à ELVIN JONES qu’il connait, et a entendu jouer à Détroit. Mais problème, ELVIN pour l’instant est en prison pour une histoire de drogue, et sur les conseils de Kuhn engage Pete La Rocca. Dès la formation du QuartetTRANE trouve un engagement au club des Frères Termini, situé non loin du Five Spot. Cette formation durera six semaines, TRANE décide de se séparer de Kuhn, lui déclarant « … Il y a des trucs que je veux entendre et que tu ne fais pas… »

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McCOY réussi là où Kuhn avait échoué, TRANE le prend dans le Quartet. La formation joue de mieux en mieux, et malgré tout lorsque COLTRANE écoute le groupe jouer derrière lui, il n’est pas encore satisfait. McCOY et DAVIS sont parfaits, mais La Rocca manque de force, de puissance, de feu … TRANE pense toujours à ELVIN … Le Quartet est parti en tournée, gagnant environ 200 dollars par semaine. Quand TRANE ne joue pas, il compose ou s’entraine au ténor ou à l’alto.

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Un soir que le Quartet joue à Détroit, au Minor KeyCOLTRANE prend conscience du problème du son du groupe, il n’entend plus la batterie quand il souffle. Il remercie donc La Rocca et contacte Billy Higgins. Mais il n’est pas encore satisfait … Un jour TRANE rencontre Thad Jones, le frère d’ELVIN qui lui apprend que ce dernier est sorti de prison, il lui téléphone. Le QUARTET possède un nouveau batteur.

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Lorsqu’ELVIN arrive au club, une batterie flambant neuve l’attend sur l’estrade, cadeau de bienvenue de TRANE… Comme se souvient STEVE DAVIS « …Ce premier soir où ELVIN à joué avec nous, il battait si fort, si puissant, qu’on pouvait l’entendre de l’extérieur du club, dans tout le quartier, et c’est ce que TRANE voulait … » Durant trois journées d’Octobre 1960, le Quartet enregistre assez de morceaux pour faire trois albums, « Coltrane Plays The Blues »,

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« Coltrane’s Sound »

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et « MY FAVOURITE THINGS ». Les deux premiers disques ne sortent que l’année suivante, mais « MY FAVOURITE THINGS »,

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se retrouve dans les bacs des disquaires quelques mois plus tard. Il passe sur toutes les stations de radios et durant la première année, il se vend à plus de 50 000 exemplaires, ce qui pour un disque de Jazz est énorme, la moyenne étant de 5000… Dans le journal de San Francisco, l’Examiner, sous la plume du critique musical on peut lire « …C’est sans doute le meilleur disque que COLTRANE ait enregistré à ce jour, et là encore pratiquement sans aucun doute, un des plus importants des anées 60 et plus loin …oui il est absolument évident qu’il est arrivé quelque chose de prodigieux au sax de COLTRANE… »

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Dans le Sunday Tribune de Minnéapolis on peut lire également « … COLTRANE n’est pas un artiste qu’on peut écouter en passant. Il faut accorder une attention sans partage pour seulement commencer à apprécier son talent…. »MY FAVOURITE THINGS » est un de ses meilleurs enregistrements… » 

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« MY FAVOURITE THINGS » est un thème de Broadway que TRANE réinvente complètement pour en devenir le « re-créateur », il le jouera à tous ses concerts, et à chaque fois le morceau est différent, à chaque interprétation, il le transforme, le métamorphose …

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L’intro basse piano batterie amenant l’entrée du sax, est représentative du côté répétitif et quelque peu « hypnotique » du morceau,

après l’introduction et la présentation du thème au son d’un alto légèrement aîgre et « hindounisant », McCOY nous délivre un chorus simple et merveilleux, avec toujours le côté répétitif des accords,

ponctué de la basse et du drumming d’ELVIN, accentuant encore le caractère hypnotique des notes du piano, dans une espèce de longue « transe »,

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un voyage initiatique vers quelque lieu inexploré … Puis le saxophone arrive … Le morceau me fait penser à un conte, à une histoire que les musiciens raconteraient, le piano du tout début, appelle les enfants à se regrouper et à écouter la fable qui va suivre, et TRANE de raconter, il était une fois dans un pays lointain …

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Chacun imagine l’histoire qu’il veut, elle peut même changer à chaque écoute, la trame est contée par l’alto, il amorce le « suspense », le récit

et McCOY continue plus tranquillement, mais avec toujours une sorte d’angoisse sous-jacente, il parle des personnages,

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et pendant ce temps l’horloge du Temps égrène ses secondes avec ELVIN et DAVIS, qui marquent le temps qui passe … L’histoire continue tantôt gaie, tantôt angoissante, et tout le monde écoute, passionné pris au piège du récit, puis revient COLTRANE, qui en rappelle les grands traits et ajoute de nouveaux éléments encore plus captivants ….

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Les têtes tournent, le vertige envahit les auditeurs et malgré tout, ils sont incapables de faire le moindre geste, ils ne peuvent bouger…Ils sont hypnotisés, paralysés. L’histoire change de nouveau de ton, elle se fait plus enjouée, moins sombre. Le saxophone danse et ondule tel un serpent sortant d’un panier d’osier, faisant vibrer l’air comme l’aile d’un oiseau …

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Puis comme sortant d’un rêve, les auditeurs se réveillent, ouvrent les yeux intrigués, tout cela c’est il vraiment déroulé, qu’elle était cette si belle histoire exotique et palpitante, et alors ils se souviennent c’était « MY FAVOURITE THINGS »

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Le second titre est une splendide ballade de Cole Porter, « EVERYTIME WE SAY GOODBYE », un peu plus de cinq minutes de douceur,

de beauté et d’amour. Un sax mélodieux et déchirant à la fois. SUMMERTIME de Gershwin, le troisième morceau, est assez enlevé. Le son de TRANE est là, dans toute sa splendeur, sa vélocité, sa violence et sa puissance. Magistralement soutenu par trois démons,

dont un ELVIN qui relance la machine, tel un boulet de canon. Le chorus de McCOY déchaîne une pluie de notes multicolores,

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balayées par le vent léger de la basse de DAVIS et les quelques rafales des cymbales et de la grosse caisse d’ELVIN qui soudain amènent de gros nuages noirs annonciateurs d’une tempête, tout s’obscurcit le tonnerre résonne et gronde.

Et aussi soudainement l’orage s’éloigne le sax chante l’Hymne de la Vie qui revient et éclabousse de ses feux le paysage.

 L’album s’achève sur un autre thème de Gershwin, « BUT NOT FOR ME« , très bop, on tape des pieds, on claque des doigts, mais toujours avec cette déferlante ahurissante de notes de COLTRANE,

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éclatant le carcan du morceau, sans oublier les ondes cristallines et bouillonnantes du piano. OUI et encore oui, cet album est une pure merveille, un joyau étincelant de mille soleils noirs, un CHEF d’OEUVRE incontesté et incontestable, qu’on se le dise….., mais surtout qu’on se l’écoute!!!

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