BOB SEGER : « NINE TONIGHT ». 1981

1976. Encore très peu connu, hormis dans son état du Michigan, et surtout dans sa ville natale, Detroit, Bob Seger et son groupe le Silver Bullet Band, avaient offert au monde un baril de poudre, une caisse de nitroglycérine, mieux, une véritable bombe nucléaire, avec leur album enregistré en public à Detroit, « Live Bullet ». Il avait explosé à la face du monde, et la déflagration fut entendue dans tous les recoins de la planète. Quasiment, du jour au lendemain, Bob Seger gagnait ses galons de Pape du Rock, avec ce disque aux parfums de sueur, de sang, de guitares, et de larmes. Le petit gars de Paris, Londres, New York, Tokyo, Milan, Madrid, Sydney, Athènes, amateur de musique Rock, avait d’un seul coup, un nouveau Rocker à aduler, de nouveaux posters, de nouvelles photos à accrocher sur ses murs. Cet album révéla Bob Seger à la terre entière. Les albums studio qui suivirent connurent un énorme succès dans le monde entier, les chansons de Seger devenaient des hymnes entonnés partout. Cinq années plus tard, le natif de Detroit et son groupe, récidivent en enregistrant un nouvel album live, à Detroit,

mais également à Boston, et qui connut lui aussi, un succès d’autant plus retentissant, qu’il contenait de superbes versions live de morceaux déjà adulés par le public, figurant sur les trois albums précédents « Night Moves » 1977, « Stranger In Town » 1978, et « Against The Wind » 1980. La grande force de Bob Seger, et de cet album, est d’alterner durant un concert, les Rocks les plus puissants, aux ballades les plus déchirantes. Vous pouvez me rétorquer à juste titre, que tout le monde fait ça, bien sur, c’est exact, mais bien peu le font aussi bien que Seger, et peu arrive à composer des chansons douces qui vous donne la chair de poule du début à la fin. Au moment de cet album, en 1981, le Silver Bullet Band se compose de Alto Reed à l’orgue et cuivres, Drew Abbott à la guitare, Chris Campbell à la basse, David Teegarden à la batterie, Craig Frost aux claviers, et Colleen Beaton, June Tilton, Pamela Moore, Kathy Lamb aux chœurs, sans oublier Bob lui même aux vocaux, guitare et piano. On ne peut comparer les deux albums live de Seger, les deux sont importants et marquent une date dans l’histoire de la musique live. Très bien enregistrés tous les deux, ils sont complémentaires et ne comportent qu’un seul titre en commun. Les deux sont absolument à posséder, pour tout amateur de Rock. Comme son prédécesseur, « Nine Tonight » est un véritable feu d’artifices de mille couleurs différentes. Il faut dire que Bob Seger est au sommet de son art, et hormis Bruce Springsteen, nul ne peut rivaliser avec lui, comme auteur compositeur interprète,

et de plus, la machine de guerre qu’est le Silver Bullet Band n’a strictement rien à envier au « E Street Band », que ce soit dans la puissance, la qualité des musiciens, ou le  feeling de chacun. Le Silver Bullet Band est capable d’enflammer n’importe quelle salle de concert récalcitrante, et la faire taper dans ses mains ou bout de cinq minutes. L’émotion, la magie que l’on ressent à l’écoute de l’album sont vraies, palpables, et curieusement, plus d’une fois on se retrouve avec les yeux qui piquent. L’aventure débute avec « Nine Tonight », et tout de suite, le décor est planté, c’est bien un concert de pur énergie Rock’n’Rollienne auquel nous allons être conviés ce soir.

 

 Ce titre a servi de BO au film « Urban Cowboy » de Sam Bridges, avec John Travolta. Mais ce qui saute immédiatement aux oreilles, c’est la ferveur du public, ferveur qui perdure tout au long de l’album. « Nine Tonight » est un bon échauffement pour le groupe et la voix de Seger, toujours aussi rauque et chaude. Le Silver Bullet Band est bien en place, et ça tourne comme dans un bain d’huile. « Trying To Live My Life Without You » est plus lourd, plus suave, plus soul, plus funky. Ce morceau est une reprise de Otis Clay, de 1971,

 et Seger dans l’intro, s’adresse au public « … Très bien, les gars vous vous sentez un peu funky ce soir, ok, C’est une vieille chanson qui vient de Memphis, une vieille chanson de Memphis ». La version de Bob Seger est considéré par les spécialistes, comme étant la meilleure, et à l’écoute on comprend pourquoi, le groupe et les chœurs féminins font bien ressortir le côté « black », soul et funk de la chanson. « You’ll Accompany Me », à partir de ce titre, les tubes vont se succéder sans arrêt. Cette chanson est une fausse ballade, aux accents country folk, accentués par les chœurs, la guitare acoustique,

et un piano très présent.

« Un vent chaud de l’Est (Seger utilise le mot « gitan », mais c’est plus pour indiquer une direction, un lieu) souffle ce soir, Le ciel est étoilé et le moment est venu, Et pourtant tu me dis que tu dois partir, Mais avant, il y a quelque chose que tu dois savoir, Ouais, quelque chose que tu dois savoir bébé, J’ai vu ton sourire dans le soleil d’été, J’ai vu tes longs cheveux flotter quand tu cours, J’ai pris la décision qu’il fallait prendre, Un jour, Lady tu m’accompagneras… » Beau morceau, simple et réussi. « Hollywood Nights » cette chanson fut un énorme carton aux USA, et partout ailleurs dans le monde. Le rythme est rapide, et la batterie installe un tempo infernal, le SBB est en rythme de croisière,

 il se régale et assure de très belle manière, on le sent à l’aise sur ce type de chansons, il file à toute vapeur, crachant feu et flamme, et les choristes ne sont pas à la traîne, elles suivent le groupe comme si leur vie en dépendait. La version proposée ici est très réussie. « Old Time Rock And Roll » immortalisé chez nous, de fort belle manière par Johnny Hallyday, grand fan du chanteur américain, est le morceau rêvé pour faire réagir le public. Vive le Rock, le Rock’n’Roll, à mort tout le reste. « J’aime toujours ce rock’n’roll d’autrefois, Ce genre de musique m’apaise l’âme, Je me remémore le passé, Avec ce rock ‘n’ roll d’autrefois, Enlève ces vieux disques de l’étagère, Je m’assiérai pour les écouter seul, Aujourd’hui la musique n’a pas la même âme, N’essaye pas de me mettre du disco, Tu ne me traîneras même pas sur la piste, Au bout de dix minutes j’aurai déjà pris la porte, J’aime ce rock ‘n’ roll d’autrefois… » Le public de ce type de concert ne peut qu’être d’accord avec cette profession de foi, la réaction ne peut être que viscérale.

Seger tape dans le mille avec cette chanson idéale pour la scène, qui monte en puissance, après l’intro, jusqu’au climax musical. Deux chorus de guitare, deux chorus de saxophone, gros travail des chœurs féminins, rien n’est laissé au hasard, tout contribue à rendre immortel ce superbe morceau.

« Main Street » proposé dans une magnifique version, où le sax chante et installe un climat éthéré et étrange. Douceur, finesse, mélancolie, dans le court solo de guitare.

 Chaque morceau est un monde à lui tout seul, avec son oxygène, ses couleurs, son histoire et sa vie. Très belle chanson, originale et nostalgique. Maintenant, un des points d’orgue de ce concert, avec une splendide version de « Against The Wind », toujours assez proche de l’original, comme pour tous les titres de ce live. Seger ne cherche pas à allonger, ou à changer la structure des chansons, elles ont plu ainsi en studio, pourquoi les rejouer en live d’une manière différente, le public les attend dans les versions qu’il connait, c’est donc comme cela que Seger les interprète, et le public est ravi, moi le premier.

 Cette chanson est belle à pleurer, ballade mid tempo, entre romance et country, c’est un des plus grands titres de Bob Seger, elle est monté jusqu’à la cinquième place des charts aux USA. Le piano est splendide, l’orgue tisse un ciel rougeoyant de coucher de soleil. « C’est comme si c’était hier, Mais c’est il y a longtemps, Janey était belle, elle était la reine de mes nuits, Là-bas dans l’obscurité avec la radio en fond sonore, Et les secrets que nous avons partagés, Les montagnes que nous avons déplacées, Piégés dans un incendie hors de contrôle, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à brûler ni à prouver, Et je me souviens de ce que qu’elle m’a dit, Quand elle a juré que ça ne finirait jamais, Et je me souviens comme elle me serrait oh si fort, J’aimerais ne pas savoir aujourd’hui ce que j’ignorais à l’époque, Contre le vent, Nous courions contre le vent, Nous étions jeunes et forts, Nous courions contre le vent, Les années ont passé lentement, Et je me suis retrouvé seul, Entouré d’étrangers que je pensais être mes amis, Je me suis retrouvé de plus en plus loin de chez moi, Et je suppose que je me suis perdu, Il y avait tant oh tant de chemins, Je vivais pour courir et je courais pour vivre, Contre le vent, Nous courions Contre le vent… » Cette chanson me donne des frissons depuis le jour où je l’ai découverte, jusqu’à aujourd’hui, pourtant je la connais par cœur, mais c’est plus fort que moi. Merci Monsieur Seger. « The Fire Down Below » et un retour au gros Rock, bien épais, bien lourd, dans une version pas piqué des vers. Le genre de chansons que l’on peut attendre des Rolling Stones, bien balancée, dansante, un piano sautillant, une guitare qui Rock et qui Roll,

 sans esbroufe, dynamisée par cette voix magique, rauque, puissante qui sait si bien communiquer avec son public.

« Her Strut » est dans le même esprit, une boule de flipper, qui cogne à droite, à gauche, qui monte, et qui descend,

qui cogne partout et génère sa propre puissance, qui pose un écho sympa sur la guitare, et qui pousse le public à bouger, à danser. « Feel Like A Number » accélère le tempo, Seger enclenche le turbo, et ça pousse. La puissance ferait rougir un groupe de Hard,

 car elle s’accompagne de finesse et de feeling. Le trio gagnant dans un concert Rock, puissance, finesse, feeling. « Fire Lake » renoue avec le style country Rock Folk, tempo moyen, ambiance farmer, ranch cowboy.

Les  titres s’enchainent comme une évidence du talent de Seger, et le public ne s’y trompe pas, il chante avec lui, et participe au concert. « Betty Lou’s Gettin’ Out Tonight » petit clin d’œil de Seger, pour ce Rock’n’Roll typé années cinquante-soixante, débridé, qui fonce comme une locomotive, et destroy tout sur son passage pendant trois minutes. Hallyday le reprendra sous le titre « Mon P’tit Loup ».

Impeccable pour faire monter un peu plus la pression au sein du public, qui n’a pourtant pas besoin de ça! La guitare est à la lisière de la saturation durant le petit chorus, les potars sont à fond, plus on se rapproche de la fin du concert, plus le son est fort et enfle. Le calme après la tempête, et avant le cyclone final.

Deuxième point d’orgue du concert, après « Against The Wind », le merveilleux et doux « We’ve Got Tonight ». Pour moi, c’est le retour des frissons et des yeux mouillés. Cette ballade est absolument sublime, je sais je me répète, mais que vous dire d’autre, c’est vraiment ce que je pense au plus profond de moi.

« Je sais qu’il est tard, je sais que tu es fatiguée, Je sais que je ne fais pas partie de tes projets, Nous sommes encore ici, tous les deux seuls, Désirant ardemment s’abriter de tout ce que nous voyons, Pourquoi devrions-nous nous inquiéter, personne ne s’inquièterait, Regarde les étoiles au loin, Nous avons ce soir, Qui aurait besoin de demain ? Nous avons ce soir, Pourquoi ne restes-tu pas ? Au plus profond de mon âme, j’ai été si seul, Tous mes espoirs, se fanant au loin, J’ai un grand besoin d’amour, comme tout le monde, Je sais que je continuerais à chercher, même après aujourd’hui, De sorte qu’il soit là, Maintenant nous avons tout, Et nous sommes ici, Que dis-tu ? Tous les deux seuls, Nous avons ce soir, Qui aurait besoin de demain, Faisons que ça dure, Trouvons une manière, Eteins la lumière, Prends ma main à présent, Nous avons ce soir, Pourquoi ne restes-tu pas ? Pourquoi ne restes-tu pas ?… » 

« Night Moves » et son intro à la guitare acoustique, comme une fausse chanson country, une fausse ballade. Le tempo est médium, mais plus rapide que sur les chansons précédentes,

on sent arriver la fin de ces minutes plus folk, plus douces, l’orage final se rapproche, les éclairs et le tonnerre ne vont pas tarder à se faire entendre, et à illuminer le plafond de la salle de concert. Le cyclone est en approche. « Rock And Roll Never Forgets » en annonce les prémices, à fond sur la pédale de l’accélérateur,

dernières lignes droites, c’est le moment de faire rugir les V8 sous le capot, Bob Seger & The Silver Bullet Band arrive en ville. Comme pour le « Live Bullet », le concert se termine avec « Let It Rock », seul titre commun aux deux disques. Ce qui est dommageable ici, c’est que pour des raisons de timing, et pour tout faire tenir sur un seul cd, le morceau a été coupé. Alors que la durée initiale de la chanson est de dix minutes trente secondes, elle ne dure ici que cinq minutes cinquante huit. Moche, très moche! Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, le morceau est énorme, plusieurs chorus de guitare, chorus de sax, public en feu qui en réclame encore.

 Cet album est un extraordinaire « Best Of Live » de Bob Seger, tous ses grands morceaux répondent à l’appel, et sont joués de très belle manière, et la remastérisation nous offre un son impeccable, épais, clair et puissant. Le public de Seger lui hurle son amour, tout au long du disque, dansant sur les prouesses du Silver Bullet Band. Les chorus s’enchainent avec limpidité, sans que personne ne songe à se mettre en avant, tout est pour le groupe, pour l’unité de l’ensemble.

À la parution de cet album live, Springsteen n’a pas encore sorti son « Born In The USA » et n’a pas encore gagné la reconnaissance mondiale, à l’écoute de ce « Nine Tonight » on se dit que le « Boss » du Rock américain en 1981, est un corps à deux têtes, si l’un se nomme Bruce Springsteen, l’autre à pour nom Bob Seger!!! Mais ça, c’est déjà une tout autre histoire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 





URIAH HEEP : « THE MAGICIAN’S BIRTHDAY ». 1972

Je ne vous ai jamais dit, pourquoi le groupe anglais Uriah Heep avait choisi ce nom, pensant peut être naïvement, que vous le saviez déjà. À tout hasard, je vais quand même le dire, c’est simplement en hommage à Charles Dickens. Uriah Heep est le nom d’un des personnages de son roman David Copperfield, De plus le titre du premier album du groupe, « Very ‘eavy… Very ‘umble » fait allusion à une phrase récurrente de ce personnage. Voilà, vous savez tout. 1972 est donc une année importante et prolifique pour le groupe. Importante, car le groupe a enfin trouvé une stabilité grâce aux nouveaux musiciens, et une vraie cohésion musicale. Prolifique, car au mois de mai il sort son quatrième album « Demons and Wizards », et quelques mois plus tard, en novembre, un cinquième disque est déjà disponible, il s’intitule « The Magician’s Birthday ». « Demons and Wizards » a ouvert les portes du monde entier, et le groupe s’y engouffre, il tourne dans tous les pays, et y reçoit un accueil digne des plus grands noms de la Rock Music. Ce nouvel album continue dans ses textes, une imagerie Fantasy, Sorcellerie, bien amorcé dans le disque précédent. C’est juste après la tournée de promotion du précédent album, qu’Uriah Heep entre en studio et enregistre de nouveaux morceaux. Une nouvelle fois, le groupe fait appel à Roger Dean pour le dessin de pochette, et c’est une jolie réussite. En septembre 1972, Ken Hensley dira de cet album : « Basé sur une histoire courte que j’ai écrite en juin et juillet de cette année,( le combat entre deux sorciers, l’un œuvrant du côté du Bien, l’autre du côté du Chaos) le disque nous amène à notre cinquième album. Une fois de plus, nous nous retrouvons à dire que c’est notre album le plus important. Mais ils ont tous été les plus importants et nous dirons probablement la même chose pour le prochain et ainsi de suite… Depuis le disque précédent,  nous avons énormément tourné, et enregistrer ce nouvel album, nous a permis de constater combien le groupe a progressé. Ça se reflète dans les nouvelles chansons, et dans la cohésion de l’album terminé ».

En ce qui concerne les musiciens, ce sont les mêmes que sur le disque précédent, Ken Hensley, Mick Box, Gary Thain, Lee Kerslake et David Byron. Ce cinquième album, se distingue quelque peu de son prédécesseur par une ambiance un peu plus sombre, Uriah Heep a regardé de l’autre côté du miroir, et a vu la face sombre et mélancolique de notre monde. Cela s’entend, l’album navigue plus dans l’ombre, une sorte de noirceur ensorcelée et venimeuse. Le groupe quant à lui est très certainement à son apogée, jamais il ne sera meilleur que sur ses deux derniers albums, il a atteint le climax, ce stade où un regard entre chaque musicien suffit. Une évidence, Ken Hensley reste la tête pensante principale, on s’en rend compte dès le premier morceau, écrit par lui, « Sunrise » un des plus beau morceau du groupe, une musique splendide, mélodieuse, exsudant la mélancolie d’un amour qui n’est plus, parfaitement chanté par David Byron, entouré de chœurs comme autant d’anges bienveillants. « Lever de soleil, un nouveau jour apparaît, Le matin d’un autre jour sans toi, Et alors que les heures défilent, Personne ici ne me voit pleurer, À part le lever de soleil… Le lever de soleil et toi, Les yeux fatigués dérivent sur le rivage, Recherchant l’amour et rien de plus, Mais alors que la mer s’agite Personne ici ne me voit pleurer, À part le lever de soleil… Le lever de soleil et toi, Lever de soleil, – bénis mes yeux, Attrape mon âme – comble-moi à nouveau, Lever de soleil, nouveau jour, entends ma chanson, J’en ai assez de me battre et de perdre mon temps, À partir de maintenant jusqu’on ne sait quand, Mon épée sera mon stylo, Et je t’aimerai, t’aimerai, Pour toute ma vie… » 

« Sunrise » fait partie de ces chansons qui après une seule écoute se grave au plus profond de votre esprit.

On est très loin du Hard Rock basique, Uriah Heep est tellement plus que ça, son univers est beaucoup plus riche, vaste et varié, j’aime à dire que c’est un groupe théâtral, aussi bien en textes, qu’en musique. L’orgue créé une toile sonore poisseuse, gluante, qui semble coller sur toute chose, alors que les chœurs de leur côté, illuminent le paysage et semblent lutter contre le pourrissement engendré par le clavier, l’éternelle lutte du Bien contre le Mal, si chère à la Fantasy. Premier retour du Hard avec le morceau suivant « Spider Woman ». Un titre groovy, tourbillonnant,

sur un rythme souple de shuffle, ou Mick Box nous gratifie d’un petit chorus de guitare slide. Un petit morceau sympa. « Blind Eye » composé par Hensley, est une chanson plus intéressante, elle mélange parfaitement les guitares électriques et acoustiques pour créer une ambiance particulière, à la limite de la folk song et du Rock. La voix de Byron est toujours aussi envoutante, et le rythme imposé par la batterie est assez original. « …Plus étrange que le lever du soleil, Plus sombre que la nuit, Plus fort qu’une tempête de pluie, C’est le plaisir de l’homme, Plus faible qu’un moment, 

Et chaud comme tout feu, Plus aveugle que l’œil aveugle, C’est le désir de l’homme… »  Toujours composé par Hensley, « Echoes In The Dark » est une chanson importante. Elle impose une noirceur planante et vaporeuse, tout juste troublée par la guitare, et des notes de piano répétitives. La mélancolie se répand partout et avale le monde. « J’ai entendus les échos dans l’obscurité, Voix sombres et lointaines du passé, J‘ai vu si loin dans la nuit, S’attarder dans la terre sans lumières, Bien au-delà des heures voilées de l’aube,

 À travers la brume de l’aube je suis né, Mais le jour était encore assombri par la nuit, Me laissant au pays sans lumière… » 

N’oublions pas une très belle basse qui déambule et se promène en liberté. Différents thèmes traversent le morceaux, et l’habillent de couleurs changeantes, et encore et toujours ces chœurs sibyllins, présents dans chaque morceaux du groupe. « Rain » est comme un rêve éveillé, une promenade mélancolique et belle, le morceau coule comme une douce rivière, sans heurt, ni vagues, piano et claviers accompagnent la voix.

« Il pleut dehors, Ce n’est pas inhabituel, Par contre ce que je ressens, Devient habituel, Je sais que tu peux dire, Que les nuages sont partis, Partis de tes jours, Pour venir sur les miens… » « Sweet Lorraine » marque un retour au Rock sur un tempo médium, avec en arrière plan une guitare wah-wah bien furieuse. La mélodie est accrocheuse, et caresse dans le sens du poil. Ici, plus une trace de mélancolie, ce serait presque le contraire, la lumière est radieuse et distille du bonheur.

Par contre, on peut noter un curieux chorus de clavier.  » Voulez-vous prendre cette potion magique avec moi, pour un voyage vers un terrain de jeu cosmique, bien loin d’ici, Elle comprend, elle est déjà passée par là, C’est à elle de trouver la porte, Douce Lorraine, laisse la fête continuer, Toi et moi allons nager dans la mer, Douce Lorraine, laisse la fête continuer, Toi et moi, sentons la brise… » 

« Tales », nouvelle composition de Ken Hensley, nous ramène vers un pendant plus Folk de la musique du groupe. Le titre est très aérien, léger, et ramène dans ses ondes la mélancolie qui nous avait abandonné pour le morceau précédent.

« Nous avons raconté nos histoires, alors que nous étions assis sous le ciel endormi du matin, avec toutes les couleurs du lever du soleil brillant dans nos yeux, l’un, puis l’autre, avec une histoire de la vie d’hier, ou d’un amant parti dans un moment de conflit… » De jolis effets parsèment la chanson. La mélodie est belle, et prouve une fois de plus, la qualité d’écriture d’Hensley. Dernier morceau de l’album, le titre éponyme, « The Magician’s Birthday » longue pièce épique de plus de minutes, aux ambiances changeantes et variées, représentant la lutte du Bien contre le Mal, la Vie contre le Chaos, les Ténèbres contre la Lumière. Avec malgré tout une petite touche d’humour, comme d’avoir ajouter le kazoo aux chant des chœurs sur ‘Happy Birthday’. « Dans le jardin magique, certains chantaient, d’autres dansaient, Alors que la lune de minuit scintillait dans le ciel, Les étoiles brillaient gaiement et le sphinx écoutait en silence. Le magicien raconta ses différentes vies, Que les cloches de la liberté sonnent, Chansons d’amour au roi de vendredi, Allons tous à l’anniversaire du magicien, C’est dans la forêt mais pas très loin, Beaucoup à faire et beaucoup à dire, Pendant que nous écoutions l’orchestre de chêne jouer, Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, 

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Joyeux anniversaire cher magicien, joyeux anniversaire à toi. Au milieu de la nuit, alors que nous regardions la lumière du feu danser, L’air devint plus froid et paru étouffer la flamme, Le feu est mort, la musique s’est éteinte, effrayée de la peur de la mort, que nous attendions, Pour l’instant, nous savions qu’un certain mal était à blâmer, Je vous défie, je vous défie tous, Pour tout ce que vous possédez et toutes vos connaissances, Et par tous les pouvoirs des ténèbres, Je vais reprendre ce qui est mien, Rendez-vous maintenant ou faites face à mon dépit,  je vous accorde qu’il peut être vendredi soir, mais saviez-vous que ce jour porte le numéro treize. 

D’abord, je vous donne le feu, Puis je le transforme en un ruisseau endormi,  Oui, mais maintenant je vais vous donner des cauchemars, De votre horreur, je vais créer un rêve, Vous ne pouvez pas me combattre, car j’ai l’épée de la Haine, Mais il y a une chose que vous ne pouvez pas voir, Ma réponse est tout simplement une forteresse d’amour impénétrable, l’amour,  l’amour, l’amour. La peur s’en est allée aussi vite qu’elle est venue, L’air devint clair, le feu brûlait à nouveau, Les flammes bondirent au-delà de la clairière, L’orgue a joué, les cygnes ont chanté pour saluer le jour, Et puis nous avons su que l’Amour trouvera l’Amour. »  Le morceau se divise en trois parties bien distinctes. Une première assez traditionnelle, rock, flirtant avec la Fantasy, ensorcelante, et de jolis vocaux. Elle fait place à un combat de titans, la guitare de Mick Box contre batterie de Lee Kerslake, les Ténèbres contre la Lumière, une joute redoutable, originale dans sa forme. La troisième partie s’enchaine à la seconde, on retrouve les vocaux de David Byron. Le combat est terminé, un seul vainqueur, l’Amour. On pourrait presque voir du Tolkien dans cette longue pièce au charme venimeux, et enivrant.

Il est vrai, que l’on peut se demander, et beaucoup l’on fait, pourquoi Uriah Heep, n’a jamais connu la célébrité de son cousin Deep Purple, quand on constate la qualité de ses albums, on a du mal à comprendre. David Byron n’a strictement rien à envier à Ian Gillan, bien au contraire, sa voix est bien plus expressive, plus belle, plus puissante, et les sentiments qu’il y fait passer, sonnent justes et vrais, elle peut être tour à tour douce, exubérante, théâtrale, ou violente. Même outrancier, son chant n’est jamais ridicule. L’apanage des vrais chanteurs. Gary Thain à mon humble avis est bien supérieur à Roger Glover, pour les claviers, Ken Hensley fait au moins jeu égal avec Jon Lord, entre Lee Kerslake et Ian Paice, mon cœur balance, comme on dit, ce sont deux bons cogneurs, qui peuvent faire preuve quand il le faut, de subtilités. Le seul qui ne tienne pas la comparaison, c’est Mick Box. Ritchie Blackmore est un bien meilleur guitariste. D’ailleurs Box se risque très peu souvent à des solos, il préfère la rythmique ou il est parfait, mais Blackmore est meilleur soliste, on ne peut le nier. Mais tout cela suffit il à expliquer cette différence de reconnaissance, je ne le pense pas. Il y a aussi un facteur chance, et contre ça, on ne peut rien. Mais tant pis, ce n’est pas très grave, Uriah Heep a laissé son empreinte dans le monde de la Musique, elle est profonde, la preuve, le groupe existe toujours, même s’il est vrai que de ce fantastique line-up, il ne reste que Mick Box, tous les autres se tapent des concerts au paradis des musiciens. « The Magician’s Birthday » sera un des albums du groupe préféré du public, qui aujourd’hui encore en concert, en réclame des morceaux. Quasiment tous les titres de ce disque sont devenus des classiques, il n’y a rien à enlever pour qu’il soit encore meilleur. L’année suivante, le groupe enregistrera à Birmingham un de ses concerts, en janvier 1973, il paraitra chez tous les disquaires quelques mois plus tard, sous une pochette noir et un lettrage blanc « Uriah Heep Live ». Mais ça, c’est déjà une autre histoire, que je vous raconterais peut être un de ces jours…

(Photo by Watal Asanuma/Shinko Music/Getty Images)

 

 

 

 

BLUE ÖYSTER CULT : « SECRET TREATIES ». 1974

1974. Richard Nixon démissionne de la présidence des États Unis à la suite du scandale du Watergate. En France, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République, on enterre Georges Pompidou, et Marcel Pagnol. De grands noms de la musique disparaissent, le jazz man Duke Ellington, le compositeur Darius Milhaud, le violoniste David Oïstrakh. Outre atlantique c’est l’ancienne chanteuse des « Mamas & The Papas » « Mama » Cass Elliot qui tire sa révérence. En cette année 1974, il se vend en France cinquante millions d’albums 33 tours, en tête du Hit Parade se succèdent Michel Delpech « Les Divorcés », Daniel Guichard « Mon Vieux » et Claude François « Le Téléphone Pleure ». En avril 1974, est disponible chez tous les disquaires à travers le monde, le troisième album du Blue Öyster Cult, « Secret Treaties ». Dernière pièce constituant le triptyque noir et blanc du groupe new yorkais. Comme les deux précédents il est produit par les incontournables Sandy Perlman et Murray Krugman, également paroliers du groupe. Aujourd’hui encore, pour beaucoup, cet album est le meilleur du groupe. En 1975, un sondage des critiques et des chroniqueurs du magasine « Melody Maker » ont élu « Secret Treaties » comme étant le « Top Rock Album de tous les temps », en 2010, le magasine « Rhapsody », que l’on trouve sur les vols de United Airlines, et qui se veut « Style de vie de Luxe et Magasine littéraire » disait, qu’il était l’un des meilleurs albums, toute époque confondues, de « Proto Metal ».

« Secret Treaties » passe quatorze semaines dans les charts US, grimpant à la cinquante troisième place. Il est certifié Disque d’Or en 1992. À sa sortie, au regard de la pochette où le groupe est dessiné à côté d’un avion de combat allemand de la seconde guerre mondiale, un Messerschmitt 262, des bergers allemands à leurs pieds, et des paroles qui soit disant, valoriseraient des thèmes nazis, comme le surhomme Nietzschéen, les allégations de racisme et d’antisémitisme refont surface. On accuse le Cult de véhiculer des thèses tendancieuses, proches de la pensée nazie. Et ces accusations ne viennent pas seulement des États Unis, mais également d’Europe. Même le logo du groupe, ce point d’interrogation à l’envers, barré d’un trait, le « Cronos » est accusateur contre le BÖC. Sortis de leur contexte, on peut faire dire aux paroles des chansons ce que l’on veut, d’autant plus que les textes des chansons du groupe sont assez abscons, même pour les fans les plus fervents. Il faudra du temps, environ une année, et de très nombreuses interviews dans la presse américaine pour balayer ces erreurs, ces fausses accusations, surtout quand on sait que les deux producteurs, et la plupart des membres du groupe sont juifs… L’album précédent « Tyranny & Mutation » avait placé la barre très haute, le groupe en pleine possession de ses possibilités, de ses moyens avait réussi à créer une entité diabolique et attirante, telle une rose vénéneuse, qui envoute ses proies, pour mieux les torturer.

Pas une note qui semble inutile, ou superflue, tout est limpide et coule avec facilité et évidence. Les guitares dansent un ballet où l’orchestration est millimétrée, rigoureuse et pourtant tout paraît si simple, si normal. Sur « Secret Treaties » BÖC a poussé un peu plus haut, ce sentiment d’évidence, caressant des sommets qu’il n’avait jamais atteint, dans une osmose parfaite, sincère et naturelle, symbole d’une véritable maturité. On peut s’en rendre compte dès le premier morceau « Career Of Evil »,  co-écrit avec Patti Smith, la petite amie de Allen Lanier, le claviériste du groupe. Presque bon enfant, un style décontractée, qui tranche une fois de plus, avec l’étrangeté des paroles, mais où l’on sent poindre sous le vernis, un venin acide, brûlant et corrosif.

Déjà le premier vers est énigmatique, « I plot your rubric scarab » « Je trace ta rubrique scarabée, Je vole ton satellite, Je veux que ta femme soit mon bébé ce soir, Je choisis de voler ce que tu as choisis de montrer, Et tu sais que je ne m’excuserais pas, Je fais une carrière du mal, Payez moi je serais votre chirurgien, Je voudrais choisir vos cerveaux, vous capturer vous injecter, Vous laisser à genoux sous la pluie… » Le reste des paroles est à l’avenant. Légèrement abscons, mais c’est aussi ce qui fait le mystère et de la dangerosité du BÖC. Un court solo guitare, colorise la fin du morceau.

« Subhuman » s’enchaine sans interruption au titre précédent. La chanson se développe sur une guitare et une ligne de basse bien appuyée, qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère des Doors. La rupture de rythme, qui d’une manière cyclique apparait plusieurs fois ajoute une image transgressive et marine.

Tel le flux et le reflux incessant de la mer, ou les vagues qui sans cesse viennent s’écraser sur le sable, ce qui ne fait que renforcer la beauté de la mélodie. « Je me suis calmé, Perdu pour rien, Temps chaud et Holocauste, Laisser pour mort par deux bons amis, Abandonné et mis au lit, Laisser pour mort par deux bons amis, Les larmes de Dieu coulent comme je saigne, Donc, dames poissons et messieurs, Voici mon étrange rêve,  Regardez-moi dans le sac bleu ciel, Et rencontrez-moi à la mer, Les garçons huitres Nagent pour moi maintenant, Sauvez-moi de la Mort, Comme des créatures, Les garçons huitres nagent maintenant, Entendez leurs bavardages sur la marée… »  La guitare de Buck Dharma tresse des dentelles fines et précieuses, soutenue par une batterie délicate et des cymbales. Puissance et délicatesse. Guitares à l’unisson pour un chorus à plusieurs, « Dominance and Submission » un riff imparable,

une batterie furieuse, une énergie viscérale, BÖC met le turbo, et ça booste. « Dominance and Submission », c’est un retour en 1963, les jeunes, le sexe, et la découverte, grâce aux radios, de la musique pop anglaise.

« J’ai passé dix ans, la moitié de ma vie, À me préparer, Puis le moment est venu, Pages de guerre dans les chiffres, Les radios apparaissent, Minuit était la limite, en 1963, Chaque soir on dépliait les couvertures, Chaque nuit c’était à Suzie de monter, Tandis que Charles qu’elle appelait son frère, Tirait la couverture sur ses yeux, Murmures pas très loin, Ça va être le moment… Oui la radio était allumée, Tu ne peux enterrer « le Locomotion », Royaumes de radios, de 45 tours, Trop révolutionnaire… » Final hypnotique, vertigineux, flamboyant, magnifique chorus de Buck. Le Rock’n’Roll continue, dans la plus pure tradition, plus brûlant que jamais avec « ME 262 » les guitares bâtissent un mur de son indestructible. Le heavy se fait métallique, sanglant, assassin. Les bruits de guerre placent le titre dans son époque, seconde conflit mondial, un pilote d’avion nous raconte sa guerre, ses combats aériens contre l’aviation de l’Alliance. Et oui, il est Allemand, et se bat contre nous.

C’est toute la force du morceau, et c’est précisément un des points qui a fait réagir les détracteurs du BÖC à la parution de l’album. Racisme, antisémitisme. Non, simplement provocateurs, et Rock’n’Roll dans l’âme.

« Goering au téléphone pour Freiburg, Dit que Willie a fait du bon boulot Hitler au téléphone de Berlin, Je vais faire de toi une star, Capitaine Von Ondine, voici votre prochaine mission, Un vol de bombardiers anglais au  dessus du canal, Passé midi, ils seront tous là, Voilà vous connaissez votre job, Pendus dans le ciel, Comme de lourds fruits métalliques, Ces bombardiers, mûrs, prêts à être descendus, Toutes ces vies Anglaises que je dois tuer, Avec tous les G encaissés à la montée, Parfois, je m’évanouis  et les perd de vue, Mais pas de récompense pour l’échec, juste la mort, Aussi regardez-moi dans vos rétros, et gardez la trajectoire…Me-262 prince des turboréacteurs, Jomo Junker 004, Faire feu de mes quatre R4M regroupés dans mon museau, Et voir ces avions anglais brûler, Maintenant tu es témoin du rougeoiement du ciel, Quand les forteresses volantes dégringolent, pour la dernière fois, Il faisait sombre au-dessus de la Westphalie, en avril 45…Ces Anglais qui devaient vivre que je dois tuer, Jommo Junker 004, bombardiers ennemis à midi pile » Sur scène, pour le final, tout le groupe prend une guitare et joue,

c’est toujours très impressionnant. Impressionnant comme ce fantastique morceau, tout y est parfait, mature, les chœurs, les arrangements, les musiciens, et bien sur, l’écriture, et la composition. BÖC atteint une perfection, une maitrise, qui en fait en cette année 1974, un des groupes majeurs de ce début des seventies. « Cagey Cretins » un rythme très rapide, batterie en introduction, pour un titre axé Hard Rock, mais à la sauce BÖC. Magnifique chorus de Buck Dharma, extraordinaire tout au long de l’album.

Si je voulais être méchant, je dirais que c’est l’unique titre légèrement en-deçà, de ce qui est présenté sur le disque, mais vraiment légèrement. La connexion basse batterie est parfaite, ça va à toute vitesse, et on en redemande. Nouvelle petite perle  « Harvester Of Eyes » dans lequel les guitares font merveille. La chanson parle d’un sérial killer, qui vole les yeux de ses victimes.

« Je suis le moissonneur des yeux, c’est moi, Je vois tout ce qu’il y a à voir, Quand je regarde à l’intérieur de ta tête, De l’avant à l’arrière de ton crane, Et bien c’est mon signe pour ta mort, Ma liste pour toi est nulle, Je suis le moissonneur des yeux… Je regarde dans toutes les poubelles, Pour voir s’il y a des yeux à l’intérieur… Alors si tu me vois marcher dans la rue, Mieux vaut s’écarter de mon chemin, Mets tes lunettes, Parce que je vais prendre tes yeux chez moi. » 

Le dernier tiers du morceau possède un petit côté progressif, et tendancieux, qui semble remettre en question l’intégrité de la chanson, confirmé avec le final où une boîte à musique lance sa petite mélopée, comme une confirmation de l’horreur et de l’épouvante qui se cachaient dans les paroles. « Flaming Telepaths » est un fabuleux morceau, son piano martelé hypnotique, ses chœurs, ses lignes de basse, ses guitares, c’est un monde à lui tout seul.

 « Bien, j’ai ouvert mes veines trop de fois, Le poison est dans mon cœur et mon esprit, Le poison est dans sang, dans ma fierté, Je suis après la rébellion, je contenterai de mensonges, Est-il étonnant que mon esprit soit en feu, Emprisonné par les pensées de ce que vous faites, Est ce étonnant que la blague soit un fer, Et que les blagues soient sur vous, Les expériences ont trop souvent échouées, les transformations trop difficile à trouver, Le poison est dans sang, dans ma fierté, Je suis après la rébellion, je contenterai de mensonges, Oui je connais les secrets du fer et de l’esprit… » L’apparition surprise d’un synthétiseur, un splendide chorus de guitare, la richesse du morceau éclate dans chaque note, et la folie n’est pas loin, avec la répétition du dernier vers, dans la dernière minute du morceau. S’enchainant sans pause « Astronomy » un des plus grands, des plus beaux morceaux du BÖC. Mon unique regret, qu’il ne soit pas plus long.

Une atmosphère étrange, viciée, irrespirable, un monde nouveau, mais vieux, antique, baigné d’un soleil mort depuis mille ans, éclairé pauvrement d’une lune blafarde. BÖC ouvre la porte vers les étoiles, la Science Fiction, l’Héroïc Fantasy. Le groupe s’y plongera plus longuement, avec l’aide, des années plus tard, de l’écrivain anglais Michaël Moorcock. « Astronomy » c’est d’abord ces notes de piano presque discordantes, lugubres, étranges, annonciatrices de sombre futur, le ton de la voix d’Eric Bloom,

ne fait qu’accentuer ce sentiment d’inquiétude. Le morceau représente une fin, celle de la trilogie « Noire et Blanche », mais une fin qui annonce une possibilité de survie, un ailleurs différent, car oui, le cercle est bouclé, le groupe se retrouve sur la ligne de départ, la quadrature du cercle est complète, les lendemains ne peuvent être que différents, ils regarderont dans une autre direction, vers une nouvelle planète à découvrir, un nouveau monde à explorer. « L’horloge indique minuit et les ombres de la lune font irruption , Juste devant toi depuis leurs cachettes, Tel l’acide et le pétrole sur la face d’un malade mental, Sa raison tend à disparaître, Comme de petits oiseaux au quatre vents, Comme des grattoirs d’argent au mois de mai, Et maintenant le sable est devenu croûte, Une grande partie de toi a déjà disparue, Viens, chère Susie, Allons faire une promenade, Juste là près de la plage, Je sais que tu seras bientôt mariée, Et tu va vouloir savoir d’où viennent les vents, Bien, cela n’a jamais été dit, Sur la carte que lit Carrie, Derrière l’horloge là-bas, tu sais, À la barre des quatre vents, Quatre vents au comptoir des quatre vents, Deux portes fermées, les fenêtres barrées, Une porte pour te permettre d’entrer, L’autre reflète juste la précédente… L’horloge sonne douze heures et les gouttes de lune éclatent, Vers vous depuis leur cachette, Mademoiselle Carrie Et chère Suzie, Se trouveront au Bar des quatre vents, C’est le nexus de la crise, Et l’origine des tempêtes, L’endroit où désespérément on rencontre le temps, Puis tu viens à moi, Appelez-moi Desdinova, Lumière Éternelle… » 

L’imaginaire du BÖC est infini, d’une éblouissante noirceur, comme ce dernier morceau, entre pénombre et lumière, sur un poème de Sandy Pearlman, où comme à son habitude, jovialité et compréhension sont les maitres mots, (private jokes) mais où les images délirantes et folles s’impriment sur la rétine avec force et mélancolie. « Secret Treaties » est devenu un album culte, nécessaire et primordial. BÖC y est impérial, chaque musicien est à son maximum, faisant preuve d’une technique irréprochable, et d’un feeling qui transpire dans chacune des notes. La version remastérisée donne un coup de fouet à l’enregistrement, et propose en plus cinq titres bonus, d’excellentes factures. Mention particulière à Albert Bouchard derrière ses fûts, plus fougueux que jamais. BÖC est un magnifique créateur d’univers, à des années lumières du groupe de Heavy traditionnel, sa musique est sophistiquée, originale, et les textes qui se posent dessus, souvent hermétiques, mais également oniriques, sont loin des « Baby I love you » commun aux groupes de Hard de cette époque. Tout ce que l’on a aimer dans les deux premiers albums, se retrouvent ici, mais magnifié, grandit, plus flamboyant.

Au dos de la pochette, une citation fait référence à un ouvrage de fiction « Origine de la Guerre Mondiale » d’un auteur tout aussi fictif, Rossignol, dont un des personnages est nommé dans le morceau « Astronomy », le sieur Desdinova, Ministre des Affaires Étrangères, qui aurait établi des traités secrets avec les Ambassadeurs de Pluton. D’où le nom de l’album. Tout cela bien sur, sort de la tête de Sandy Pearlman. Les trois premiers albums du Blue Öyster Cult trouveront leur quintessence, leur apothéose en 1975 avec le fantastique album live « On Your Feet Or On Your Knees », enregistré durant la tournée « Secret Treaties », et reprenant des titres de ces trois albums. Au fait, il fut question un temps, que ce troisième album s’intitule « Power In The Hands Of Fools »… Enfin, ça c’est encore une autre histoire…

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