BOB SEGER : « NINE TONIGHT ». 1981

1976. Encore très peu connu, hormis dans son état du Michigan, et surtout dans sa ville natale, Detroit, Bob Seger et son groupe le Silver Bullet Band, avaient offert au monde un baril de poudre, une caisse de nitroglycérine, mieux, une véritable bombe nucléaire, avec leur album enregistré en public à Detroit, « Live Bullet ». Il avait explosé à la face du monde, et la déflagration fut entendue dans tous les recoins de la planète. Quasiment, du jour au lendemain, Bob Seger gagnait ses galons de Pape du Rock, avec ce disque aux parfums de sueur, de sang, de guitares, et de larmes. Le petit gars de Paris, Londres, New York, Tokyo, Milan, Madrid, Sydney, Athènes, amateur de musique Rock, avait d’un seul coup, un nouveau Rocker à aduler, de nouveaux posters, de nouvelles photos à accrocher sur ses murs. Cet album révéla Bob Seger à la terre entière. Les albums studio qui suivirent connurent un énorme succès dans le monde entier, les chansons de Seger devenaient des hymnes entonnés partout. Cinq années plus tard, le natif de Detroit et son groupe, récidivent en enregistrant un nouvel album live, à Detroit,

mais également à Boston, et qui connut lui aussi, un succès d’autant plus retentissant, qu’il contenait de superbes versions live de morceaux déjà adulés par le public, figurant sur les trois albums précédents « Night Moves » 1977, « Stranger In Town » 1978, et « Against The Wind » 1980. La grande force de Bob Seger, et de cet album, est d’alterner durant un concert, les Rocks les plus puissants, aux ballades les plus déchirantes. Vous pouvez me rétorquer à juste titre, que tout le monde fait ça, bien sur, c’est exact, mais bien peu le font aussi bien que Seger, et peu arrive à composer des chansons douces qui vous donne la chair de poule du début à la fin. Au moment de cet album, en 1981, le Silver Bullet Band se compose de Alto Reed à l’orgue et cuivres, Drew Abbott à la guitare, Chris Campbell à la basse, David Teegarden à la batterie, Craig Frost aux claviers, et Colleen Beaton, June Tilton, Pamela Moore, Kathy Lamb aux chœurs, sans oublier Bob lui même aux vocaux, guitare et piano. On ne peut comparer les deux albums live de Seger, les deux sont importants et marquent une date dans l’histoire de la musique live. Très bien enregistrés tous les deux, ils sont complémentaires et ne comportent qu’un seul titre en commun. Les deux sont absolument à posséder, pour tout amateur de Rock. Comme son prédécesseur, « Nine Tonight » est un véritable feu d’artifices de mille couleurs différentes. Il faut dire que Bob Seger est au sommet de son art, et hormis Bruce Springsteen, nul ne peut rivaliser avec lui, comme auteur compositeur interprète,

et de plus, la machine de guerre qu’est le Silver Bullet Band n’a strictement rien à envier au « E Street Band », que ce soit dans la puissance, la qualité des musiciens, ou le  feeling de chacun. Le Silver Bullet Band est capable d’enflammer n’importe quelle salle de concert récalcitrante, et la faire taper dans ses mains ou bout de cinq minutes. L’émotion, la magie que l’on ressent à l’écoute de l’album sont vraies, palpables, et curieusement, plus d’une fois on se retrouve avec les yeux qui piquent. L’aventure débute avec « Nine Tonight », et tout de suite, le décor est planté, c’est bien un concert de pur énergie Rock’n’Rollienne auquel nous allons être conviés ce soir.

 

 Ce titre a servi de BO au film « Urban Cowboy » de Sam Bridges, avec John Travolta. Mais ce qui saute immédiatement aux oreilles, c’est la ferveur du public, ferveur qui perdure tout au long de l’album. « Nine Tonight » est un bon échauffement pour le groupe et la voix de Seger, toujours aussi rauque et chaude. Le Silver Bullet Band est bien en place, et ça tourne comme dans un bain d’huile. « Trying To Live My Life Without You » est plus lourd, plus suave, plus soul, plus funky. Ce morceau est une reprise de Otis Clay, de 1971,

 et Seger dans l’intro, s’adresse au public « … Très bien, les gars vous vous sentez un peu funky ce soir, ok, C’est une vieille chanson qui vient de Memphis, une vieille chanson de Memphis ». La version de Bob Seger est considéré par les spécialistes, comme étant la meilleure, et à l’écoute on comprend pourquoi, le groupe et les chœurs féminins font bien ressortir le côté « black », soul et funk de la chanson. « You’ll Accompany Me », à partir de ce titre, les tubes vont se succéder sans arrêt. Cette chanson est une fausse ballade, aux accents country folk, accentués par les chœurs, la guitare acoustique,

et un piano très présent.

« Un vent chaud de l’Est (Seger utilise le mot « gitan », mais c’est plus pour indiquer une direction, un lieu) souffle ce soir, Le ciel est étoilé et le moment est venu, Et pourtant tu me dis que tu dois partir, Mais avant, il y a quelque chose que tu dois savoir, Ouais, quelque chose que tu dois savoir bébé, J’ai vu ton sourire dans le soleil d’été, J’ai vu tes longs cheveux flotter quand tu cours, J’ai pris la décision qu’il fallait prendre, Un jour, Lady tu m’accompagneras… » Beau morceau, simple et réussi. « Hollywood Nights » cette chanson fut un énorme carton aux USA, et partout ailleurs dans le monde. Le rythme est rapide, et la batterie installe un tempo infernal, le SBB est en rythme de croisière,

 il se régale et assure de très belle manière, on le sent à l’aise sur ce type de chansons, il file à toute vapeur, crachant feu et flamme, et les choristes ne sont pas à la traîne, elles suivent le groupe comme si leur vie en dépendait. La version proposée ici est très réussie. « Old Time Rock And Roll » immortalisé chez nous, de fort belle manière par Johnny Hallyday, grand fan du chanteur américain, est le morceau rêvé pour faire réagir le public. Vive le Rock, le Rock’n’Roll, à mort tout le reste. « J’aime toujours ce rock’n’roll d’autrefois, Ce genre de musique m’apaise l’âme, Je me remémore le passé, Avec ce rock ‘n’ roll d’autrefois, Enlève ces vieux disques de l’étagère, Je m’assiérai pour les écouter seul, Aujourd’hui la musique n’a pas la même âme, N’essaye pas de me mettre du disco, Tu ne me traîneras même pas sur la piste, Au bout de dix minutes j’aurai déjà pris la porte, J’aime ce rock ‘n’ roll d’autrefois… » Le public de ce type de concert ne peut qu’être d’accord avec cette profession de foi, la réaction ne peut être que viscérale.

Seger tape dans le mille avec cette chanson idéale pour la scène, qui monte en puissance, après l’intro, jusqu’au climax musical. Deux chorus de guitare, deux chorus de saxophone, gros travail des chœurs féminins, rien n’est laissé au hasard, tout contribue à rendre immortel ce superbe morceau.

« Main Street » proposé dans une magnifique version, où le sax chante et installe un climat éthéré et étrange. Douceur, finesse, mélancolie, dans le court solo de guitare.

 Chaque morceau est un monde à lui tout seul, avec son oxygène, ses couleurs, son histoire et sa vie. Très belle chanson, originale et nostalgique. Maintenant, un des points d’orgue de ce concert, avec une splendide version de « Against The Wind », toujours assez proche de l’original, comme pour tous les titres de ce live. Seger ne cherche pas à allonger, ou à changer la structure des chansons, elles ont plu ainsi en studio, pourquoi les rejouer en live d’une manière différente, le public les attend dans les versions qu’il connait, c’est donc comme cela que Seger les interprète, et le public est ravi, moi le premier.

 Cette chanson est belle à pleurer, ballade mid tempo, entre romance et country, c’est un des plus grands titres de Bob Seger, elle est monté jusqu’à la cinquième place des charts aux USA. Le piano est splendide, l’orgue tisse un ciel rougeoyant de coucher de soleil. « C’est comme si c’était hier, Mais c’est il y a longtemps, Janey était belle, elle était la reine de mes nuits, Là-bas dans l’obscurité avec la radio en fond sonore, Et les secrets que nous avons partagés, Les montagnes que nous avons déplacées, Piégés dans un incendie hors de contrôle, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à brûler ni à prouver, Et je me souviens de ce que qu’elle m’a dit, Quand elle a juré que ça ne finirait jamais, Et je me souviens comme elle me serrait oh si fort, J’aimerais ne pas savoir aujourd’hui ce que j’ignorais à l’époque, Contre le vent, Nous courions contre le vent, Nous étions jeunes et forts, Nous courions contre le vent, Les années ont passé lentement, Et je me suis retrouvé seul, Entouré d’étrangers que je pensais être mes amis, Je me suis retrouvé de plus en plus loin de chez moi, Et je suppose que je me suis perdu, Il y avait tant oh tant de chemins, Je vivais pour courir et je courais pour vivre, Contre le vent, Nous courions Contre le vent… » Cette chanson me donne des frissons depuis le jour où je l’ai découverte, jusqu’à aujourd’hui, pourtant je la connais par cœur, mais c’est plus fort que moi. Merci Monsieur Seger. « The Fire Down Below » et un retour au gros Rock, bien épais, bien lourd, dans une version pas piqué des vers. Le genre de chansons que l’on peut attendre des Rolling Stones, bien balancée, dansante, un piano sautillant, une guitare qui Rock et qui Roll,

 sans esbroufe, dynamisée par cette voix magique, rauque, puissante qui sait si bien communiquer avec son public.

« Her Strut » est dans le même esprit, une boule de flipper, qui cogne à droite, à gauche, qui monte, et qui descend,

qui cogne partout et génère sa propre puissance, qui pose un écho sympa sur la guitare, et qui pousse le public à bouger, à danser. « Feel Like A Number » accélère le tempo, Seger enclenche le turbo, et ça pousse. La puissance ferait rougir un groupe de Hard,

 car elle s’accompagne de finesse et de feeling. Le trio gagnant dans un concert Rock, puissance, finesse, feeling. « Fire Lake » renoue avec le style country Rock Folk, tempo moyen, ambiance farmer, ranch cowboy.

Les  titres s’enchainent comme une évidence du talent de Seger, et le public ne s’y trompe pas, il chante avec lui, et participe au concert. « Betty Lou’s Gettin’ Out Tonight » petit clin d’œil de Seger, pour ce Rock’n’Roll typé années cinquante-soixante, débridé, qui fonce comme une locomotive, et destroy tout sur son passage pendant trois minutes. Hallyday le reprendra sous le titre « Mon P’tit Loup ».

Impeccable pour faire monter un peu plus la pression au sein du public, qui n’a pourtant pas besoin de ça! La guitare est à la lisière de la saturation durant le petit chorus, les potars sont à fond, plus on se rapproche de la fin du concert, plus le son est fort et enfle. Le calme après la tempête, et avant le cyclone final.

Deuxième point d’orgue du concert, après « Against The Wind », le merveilleux et doux « We’ve Got Tonight ». Pour moi, c’est le retour des frissons et des yeux mouillés. Cette ballade est absolument sublime, je sais je me répète, mais que vous dire d’autre, c’est vraiment ce que je pense au plus profond de moi.

« Je sais qu’il est tard, je sais que tu es fatiguée, Je sais que je ne fais pas partie de tes projets, Nous sommes encore ici, tous les deux seuls, Désirant ardemment s’abriter de tout ce que nous voyons, Pourquoi devrions-nous nous inquiéter, personne ne s’inquièterait, Regarde les étoiles au loin, Nous avons ce soir, Qui aurait besoin de demain ? Nous avons ce soir, Pourquoi ne restes-tu pas ? Au plus profond de mon âme, j’ai été si seul, Tous mes espoirs, se fanant au loin, J’ai un grand besoin d’amour, comme tout le monde, Je sais que je continuerais à chercher, même après aujourd’hui, De sorte qu’il soit là, Maintenant nous avons tout, Et nous sommes ici, Que dis-tu ? Tous les deux seuls, Nous avons ce soir, Qui aurait besoin de demain, Faisons que ça dure, Trouvons une manière, Eteins la lumière, Prends ma main à présent, Nous avons ce soir, Pourquoi ne restes-tu pas ? Pourquoi ne restes-tu pas ?… » 

« Night Moves » et son intro à la guitare acoustique, comme une fausse chanson country, une fausse ballade. Le tempo est médium, mais plus rapide que sur les chansons précédentes,

on sent arriver la fin de ces minutes plus folk, plus douces, l’orage final se rapproche, les éclairs et le tonnerre ne vont pas tarder à se faire entendre, et à illuminer le plafond de la salle de concert. Le cyclone est en approche. « Rock And Roll Never Forgets » en annonce les prémices, à fond sur la pédale de l’accélérateur,

dernières lignes droites, c’est le moment de faire rugir les V8 sous le capot, Bob Seger & The Silver Bullet Band arrive en ville. Comme pour le « Live Bullet », le concert se termine avec « Let It Rock », seul titre commun aux deux disques. Ce qui est dommageable ici, c’est que pour des raisons de timing, et pour tout faire tenir sur un seul cd, le morceau a été coupé. Alors que la durée initiale de la chanson est de dix minutes trente secondes, elle ne dure ici que cinq minutes cinquante huit. Moche, très moche! Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, le morceau est énorme, plusieurs chorus de guitare, chorus de sax, public en feu qui en réclame encore.

 Cet album est un extraordinaire « Best Of Live » de Bob Seger, tous ses grands morceaux répondent à l’appel, et sont joués de très belle manière, et la remastérisation nous offre un son impeccable, épais, clair et puissant. Le public de Seger lui hurle son amour, tout au long du disque, dansant sur les prouesses du Silver Bullet Band. Les chorus s’enchainent avec limpidité, sans que personne ne songe à se mettre en avant, tout est pour le groupe, pour l’unité de l’ensemble.

À la parution de cet album live, Springsteen n’a pas encore sorti son « Born In The USA » et n’a pas encore gagné la reconnaissance mondiale, à l’écoute de ce « Nine Tonight » on se dit que le « Boss » du Rock américain en 1981, est un corps à deux têtes, si l’un se nomme Bruce Springsteen, l’autre à pour nom Bob Seger!!! Mais ça, c’est déjà une tout autre histoire…

 

 

 

 

 

 

 

 

 





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